le blog de MARILYNE BERTONCINI

Aux Portes de Yeruham

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 C’était jadis

c’est aujourd’hui

 

Ils avaient cheminé longtemps vers le couchant

parcouru les déserts

franchi le fleuve de la peine et ses eaux de limon

vers le pays de Canaan

 

Beaucoup étaient morts sur la route

et leurs os blanchis sur les sables

dessinaient le chemin douloureux

de l’Exode

La cohorte sans fin marchait les yeux fixés à l’horizon

femmes avec des enfants dans les plis de leurs robes

hommes au regard creusé chargés de peu d’effets

après tant de chemin et après tant d’efforts

 

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collage Ghislaine Lejard

 

 

Au pied de Yeruham

ils s’étaient arrêtés

assoiffés de l’ombre des palmiers

bleue parmi les fontaines

et les chants des ramiers qui montaient dans le ciel

rose du crépuscule avec des cris d’enfants

comme des éclaboussures

sur l’or aride du désert

 

Mais la ville était fermée

 

 

 

*

 

Cétait jadis

c’est aujourd’hui

 

Instables comme les dunes au souffle du désert

furent dressées devant la ville

cadenassée sur ses richesses

les ailes frissonnantes d’un camp de toile

et les enfants nés en chemin contemplaient la porte

immense qui leur barrait l’avenir

 

Et les troupes de Yehoshua enlacèrent

sept jours durant

l’oasis aux palmiers

du chant des trombes et des rhombes

sous le soleil ardent

dans l’ombre rousse de la ville

falaise roide surgie des sables

 

Mais au coeur inflexible de la citadelle

le coeur des habitants demeurait sourd

au son d’or des trompettes

faisant fleurir sur la muraille des plaies de roses

comme des mains agriffées à la roche

 

La vie indifférente y poursuivait son cours

dans le calme discret de leurs frais patios

où chuchotent les oiseaux

sur les marchés où dattes et citrons s’amoncèlent

dans les rires et les cris des hommes insouciants

 

*

 

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collage Ghislaine Lejard

C’était jadis

c’est aujourd’hui

 

Sept jours durant les troupes

enlacèrent la ville

 Au soir de la septième lune

dans des clameurs de cuivre s’écroulèrent les murs

Au souffle des trompes d’or une fine poussière

s’éleva en colonne noire et tourbillonnante en place des murailles

et quand elle retomba

des fleurs saignaient dans les gravats

devenus sable à Yeruham

 

*

 

Souvent à travers le désert

jusqu’au rivage de la mer

le vent roule – pelotes sèches -

les roses mortes de Yeruham

 

Elles attendent une larme pour ouvrir leurs rameaux

et reverdir en l’âme qui saura les cueillir

 

C’était jadis

c’est aujourd’hui

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(février 2017 – poème inspiré par les collages de Ghislaine Lejard.)

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9 février, 2017 à 19:11


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