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Mathura – traduction en cours pour Recours au poème

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VILLA NO. 24

 

Now summer is gone

And might never have been.

In the sunshine it’s warm.

But there has to be more.

 

– Arseny Tarkovsky

 

These days I keep on pacing

the empty corridors and empty rooms of an empty house

that once teemed with life. But if you asked me

how long I have been here or with whom, I wouldn’t know;

I wouldn’t even know if I’m still in this world or some other.

Memories peel off from the walls like paint

no longer able to resist time’s incessant damp. Sometimes in desperation,

I thumb through diaries and look for names.

Joseph, Sigmund, Nicolae…? I can’t remember.

But surely there must have been someone here

who tried to cure his malady of barren dispositions,

someone who strolled ever so importantly

up and down the hill on Main Street.

No longer. Ceilings fall in, rain conquers all

and the subconscious trickles in through

the roof of the mind, leaking into the reality

around us where a fin de siecle is also

a fin d’un idée, d’un rêve.

It is no wonder then that where

there once was Speranza, there is now

only a “do not enter” sign,

and a bar around the corner where no visitors

will dare to stick around.

Sometimes even hopes come true

as decay brings blissful calm –

it grows and grows until it covers the Earth

like an all-exalting undergrowth

or melancholy.

*

VILLA N° 24

 

Maintenant l’été est fini

Et pourrait n’avoir jamais été.

Au soleil, il fait chaud.

Mais il faut davantage.

 

– Arsène Tarkovski

 

Ces jours-ci, je fais les cent pas

dans les couloirs vides et les pièces vides d’une maison vide

autrefois grouillante de vie. Mais si tu me demandais

depuis combien de temps j’y suis resté  ou avec qui, je ne saurais pas ;

Je ne saurais même pas si je suis toujours dans ce monde ou dans un autre.

Les souvenirs se détachent des murs comme de la peinture

incapable de résister à l’humidité incessante du temps. Parfois, de désespoir,

Je feuillette mes carnets  et je cherche des noms.

Joseph, Sigmund, Nicolae…? Je ne me souviens pas.

Mais il devait sûrement y avoir quelqu’un ici

qui essayait de guérir sa maladie d’humeur stérile,

quelqu’un qui allait et venait d’un air fort important

sur la colline de Main Street.

Plus maintenant. Les plafonds s’écroulent, la pluie gagne tout

et le subconscient s’infiltre peu à peu

sous le toit de l’esprit, s’épanche dans la réalité

qui nous entoure,  où une fin de siècle est aussi

une fin d’une idée, d’un rêve.

Il n’est donc pas étonnant que là où

jadis était  Speranza, il y ait maintenant

juste un panneau « ne pas entrer »,

et un bar au coin de la rue où aucun visiteur

n’oserait s’attarder.

Parfois même les espoirs se réalisent

quand le déclin apporte un calme bienheureux -

il grandit et grandit jusqu’à couvrir la Terre

comme un sous-bois sublimant tout,

ou la mélancolie

© Kadri Kulbas

© Kaari Saarma

Kaari Saarma

L’auteur : Mathura (alias Margus Lattik) est un écrivain et artiste estonien. En 2014, son recueil de poèmes Käe all voogav joon (The Line Flowing Beneath Your Hand) a remporté le prestigieux prix Gustav Suits Poetry Prize. 2016 a vu la publication de son premier livre en prose Jääminek (As the Ice Lifts) qui a reçu le Virumaa Literary Award pour le meilleur roman historique de l’année. L’une de ses dernières œuvres est une série de haïkus sur Hong Kong, vaguement enchaînés dans un récit. Sa poésie a été traduite dans une douzaine de langues, dont le suédois, le chinois et l’hébreu.

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