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Rêve du 10 avril : L’arbre déraciné et les oiseaux de barbarie

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(bilingue – français-italien)

Je n’arrive pas à effacer les images apportées par les rêves qui ont frappé à la porte de mon sommeil cette nuit.


Un enchaînement presque logique, accompagnant mon retour à la maison :  des fils roses tendus d’arbre en arbre (les magnolias avaient fait place à des arbres plus grands et caducs) tissaient une sorte de toit comme une pergola, et des linges étaient suspendus et flottaient dans le vent. Mon rêve me dit que c’était la lessive des gitans qui habitaient, pour ce rêve, dans l’une des boutiques du rez-de-chaussée où la vie diurne fait travailler une coiffeuse et le relieur.

J’étais un peu irritée, malgré la beauté du spectacle, il me semblait qu’on ne devait pas étendre du linge sur la place publique. En levant les yeux, je vis de nombreux oiseaux qui voletaient dans les branches – une voix dans mon rêve prétendit que c’étaient des moineaux – mais ils me semblaient plus grands. A bien les observer, avec mes yeux du rêve, je leur trouvais un bien long bec, noir et pointu – et ils grossissaient à vue d’œil, et leur plumage avait la couleur des jeunes goélands – un ocre de sable tacheté de blanc. Non, dis-je, ce ne sont pas des moineaux, plutôt des… Le nom m’a échappé au réveil : atlan, altan…

800px-Leonardo_da_Vinci_-_Virgin_and_Child_with_St_Anne_C2RMF_retouchedDans la réalité diurne, je ne connais aucun oiseau qui porte un nom similaire – peut-être le milan de Leonardo, qui faillit l’étouffer selon « Un souvenir d’enfance de Léonard de Vinci » par Sigmund Freud, qui d’ailleurs traduit allégrement vautour, et le voit dans le drapé de la Sainte Anne du Louvre – un vautour-milan qui  touche les lèvres de l’enfant comme pour lui insuffler ou interdire la parole …

Des rapaces, pour sûr, inquiétants – comme L’oiseau-qui-n’existe-pas de Claude Aveline, et que j’avais oublié au fond de ma mémoire :

 

Claude Aveline

Portrait de l’Oiseau-Qui-N’Existe-Pas

Voici le por­trait de l’Oiseau-Qui-N’Existe-Pas.
Ce n’est pas sa faute si le Bon Dieu qui a tout fait a oublié de le faire.
Il res­sem­ble à beau­coup d’oiseaux, parce que les bêtes qui n’exis­tent pas res­sem­blent à celles qui exis­tent.
Mais celles qui n’exis­tent pas n’ont pas de nom.
Et voilà pour­quoi cet oiseau s’appelle l’Oiseau-Qui-N’Existe-Pas.
Et pour­quoi il est si triste.
Il dort peut-être, ou il attend qu’on lui per­mette d’exis­ter.
Il vou­drait savoir s’il peut ouvrir le bec, s’il a des ailes, s’il est capa­ble de plon­ger dans l’eau sans perdre ses cou­leurs, comme un vrai oiseau.
Il vou­drait s’enten­dre chan­ter.
Il vou­drait avoir peur de mourir un jour.
Il vou­drait faire des petits oiseaux très laids, très vivants.
Le rêve d’un oiseau-qui-n’existe-pas, c’est de ne plus être un rêve.
Personne n’est jamais content.
Et com­ment voulez-vous que le monde puisse aller bien dans ces condi­tions ?

Paris, 1950.

Or, il se trouve que ce poème a été illustré par différents artistes, dont Jean-Michel Atlan, qui a inventé nombre d’oiseaux étranges, parmi lesquels un oiseau de barbarie (1952) aux couleurs de mon rêve…

Atlan, ou Altan, haletants, les oiseaux de mon rêve étaient inquiétants – trop éloignés toutefois pour être vraiment dangereux sur l’instant – et puis le réseau rose des fils gitans me protégeait sans doute , si bien que je pus rentrer chez moi, puisque la séquence suivante me trouvait sur le balcon – ou en tous cas avec un point de vue différent – peut-être étais-je dans la boutique-maison des gitans… même certainement, car je fus immédiatement au pied du désastre : le vent, que je n’avais pas senti si fort en traversant la place, où il semblait produit par les battements d’ailes des oiseaux-qui-n’existent-pas, le vent s’était mis à pousser de toute ses forces sur mon platane-ami.

Dans ma vie diurne, cet arbre me soutient depuis que j’habite ici – nous cohabitons, nous discutons. Il parle la langue des poèmes et une installation de Giovanna Iorio lui a donné ma voix,pour peu qu’on l’approche avec le portable branché sur l’application de la voix des arbres.

Dans ce rêve nocturne, je l’ai vu lentement se pencher, déraciné, se coucher sur le flanc comme une bête malade. J’ai crié, dans le silence de mon rêve, j’ai couru vers lui, j’ai vu ses racines blêmes arrachées à l’ocre du sol – je n’ai pas entendu sa plainte – a-t-il entendu les ondes de mon cri ?

*

Non posso cancellare le immagini portate dai sogni che, questa notte, hanno bussato alla porta del mio sonno.

Una sequenza quasi logica, che accompagnava il mio ritorno a casa: fili rosa tesi da un albero all’altro (le magnolie avevano lasciato il posto ad alberi più alti e decidui) tessevano una specie di tetto come un pergolato, e delle lenzuola erano appese e fluttuanti nel vento. Il mio sogno mi disse che era il bucato degli zingari che abitavano, durante questo sogno, in uno dei negozi al piano terra dove la vita diurna ospita un parrucchiere e il rilegatore.

Ero un po’ irritata, nonostante la bellezza dello spettacolo, mi sembrava che non si dovesse stendere il bucato in piazza. Alzando lo sguardo, vidi molti uccelli svolazzare tra i rami – una voce nel mio sogno sosteneva che fossero passeri – ma mi sembravano più grandi. Guardandoli da vicino, con i miei occhi da sogno, li ho trovati con becchi molto lunghi, neri e appuntiti – e sono diventati visibilmente più grandi e il loro piumaggio era del colore dei giovani gabbiani – un ocra sabbia macchiato di bianco. No, dico io, non sono passeri, anzi… Al risveglio mi è sfuggito il nome: atlan, altan…

Nella realtà diurna non conosco nessun uccello con un nome simile, forse l’ucellaccio di Leonardo, forse l’aquilone di Leonardo, che quasi lo soffocava secondo « Un ricordo d’infanzia di Leonardo da Vinci » di Sigmund Freud, che peraltro traduce allegramente l’avvoltoio, e lo vede nel panneggio di Sant’Anna del Louvre – un avvoltoio-aquilone che gli sfiora le labbra come per ispirare o impedirgli di parlare… e conosciuto da me col nome di « milan »,… Rapaci, certo, inquietanti – come l’uccello-che-non-esiste di Claude Aveline, e che avevo dimenticato nel profondo della mia memoria:

Claude Aveline
Ritratto dell’uccello-che-non-esiste

 

Capture

Crédits
© Adagp, Paris
Crédit photographique : © Jacqueline Hyde – Centre Pompidou, MNAM-CCI /Dist. RMN-GP
Réf. image : 4R12675 [1979 CX 0040]

Ecco il ritratto dell’uccello-che-non-esiste.
Non è colpa sua se il buon Dio che ha fatto tutto si è dimenticato di farlo.
Assomiglia a molti uccelli, perché le bestie che non esistono assomigliano a quelle che esistono.
Ma quelli che non esistono non hanno un nome.
E per questa raggione questo uccello è chiamato l’uccello-che-non-esiste.
E perché è così triste.
Potrebbe dormire o aspettare di poter esistere.
Vorrebbe sapere se riesce ad aprire il becco, se ha le ali, se riesce a tuffarsi in acqua senza perdere i colori, come un vero uccello.
Vorrebbe sentirsi cantare.
Vorrebbe aver paura di morire un giorno.
Vorrebbe fare uccellini molto brutti e molto vivaci.
Il sogno di un uccello-che-non-esiste è di  non essere più un sogno.
Nessuno è mai felice.
E come ti aspetti che il mondo possa andare bene in queste condizioni?
Parigi, 1950.

Si scopre che questa poesia è stata illustrata da vari artisti, tra cui Jean-Michel Atlan, che ha inventato una serie di strani uccelli, dei quali un ucello di Barbaria (1952) nei colori del mio sogno.

Atlan, o Altan, ansimanti, gli uccelli nel mio sogno erano inquietanti – troppo lontani però per essere davvero pericolosi in questo preciso momento – e poi la rete rosa di fili gitani probabilmente mi proteggeva, così da poter tornare a casa, visto che nella sequenza seguente mi trovavo sul balcone – o comunque con un punto di vista diverso – forse ero nella bottega degli zingari… anzi certamente, perché mi trovavo subito ai piedi del disastro: il vento, che non avevo percepito così forte nell’attraversare la piazza, dove sembrava prodotto dal battito d’ali degli uccelli-che-non-esistono, il vento dunque aveva cominciato a spingere con tutte le sue forze sul mio platano-amico.

Nella mia vita diurna, questo albero mi ha sostenuta da quando vivo qui: conviviamo ci parliamo. Lui parla il linguaggio della poesia e un’installazione di Giovanna Iorio gli ha dato la mia voce, se ti avvicini a lui con il cellulare collegato all’applicazione della voce degli alberi.
In questo sogno notturno, l’ho visto lentamente inclinarsi, sradicato, steso sul fianco come un animale malato. Ho gridato, nel silenzio del mio sogno, sono corsa verso di lui, ho visto le sue pallide radici strappate dall’ocra della terra – non ho sentito il suo lamento – avra sentito le onde del mio grido?

Marilyne Bertoncini

10 avril 2022

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Claude Aveline, Oiseau de Barbarie (1952) – https://www.auction.fr/_fr/lot/jean-michel-atlan-1913-1960-l-oiseau-de-barbarie-1952-546539

 

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