Accueil poésie La Fuite précipitée du Thrace, par Deng Xiang

La Fuite précipitée du Thrace, par Deng Xiang

0
0
778
IMG_8351

photo mbp – aéroport de Nice

 

La Fuite précipitée du Thrace

 

Théoriquement, si un objet se déplace trop vite, l’espace qui l’entoure se déforme.

En est-il de même pour la mémoire ? Me voici de retour au même endroit

sur la ligne droite reliant le nouveau terminal à l’ancien, semblable à ce réfugié thrace de l’antiquité

qui venait de puiser un seau d’eau

et qui était en train de traire sa chèvre

quand les Romains entrèrent par effraction. Il sauta dans sa charrette à bœufs et s’enfuit  précipitamment avec sa famille

et leurs affaires. Il fonçait pour sauver sa vie. Mais moi,  pourquoi est-ce que  je me précipite ?

Pour un autre réunion, ou un autre départ ?

 

Je sais que jamais plus je ne pourrais revivre ce jour

Même les Allemands, si scrupuleux, ne pourraient dessiner ce terminal précisément  en ce moment -là sur une feuille de papier.

Pas plus qu’il n’y a le moindre indice d’un « été allemand » dans l’air du mois de mai.

Tout change si vite !

 

Je me souviens encore de ce jour d’il y a dix-huit ans

Exactement au même endroit : j’attendais devant le hall d’arrivée

A l’intérieur, un garçon de sept ans sautillait d’avant en arrière

ricochant comme une pièce de monnaie, avant de disparaître

« Est-ce lui? Pourquoi n’est-il pas plus grand que l’an dernier ? »

J’étais troublé et dubitatif

 

La scène est toujours vive dans ma mémoire, je revois un rayon de soleil

Frappant mon genou depuis la vitre

Sa chaleur te faisait rougir.  Les champs dans la banlieue de Munich

étaient alors plats comme des serviettes bien pliées

 

Une  scène seule manque à ma mémoire

Le garçonnet et le vieux S-Bahn vert clair

Qui nous menait et ramenait vers de nouvelles réunions. Nous revenions au couchant

avec une expression de satisfaction sur le visage

 

« Pas de problème, les dieux nous guideront toujours à travers tout. »

Le Thrace aussi croyait pouvoir finalement trouver

un autre doux printemps, sa famille et

la chèvre qui s’était égarée

 

L’histoire est  infiniment précaire, tout comme la mémoire

comme  ce Thrace obscur

comme, dans ma poche,  froissée, la carte d’embarquement.

 

26 avril 2018

sur mon vol Sofia-Francfort

adaptation Marilyne Bertoncini

 

L’auteur :

429122112_1767966387024575_66805166694986476gdxgg74_n (1)M. DENG Xiang est né en 1963 à Yingshan, Sichuan, Chine, et est diplômé de l’Université des sciences et technologies de Chengdu en 1983. Il a commencé à écrire de la poésie en 1980 et en 1982, avec ZHAO Ye, BEI Wang, TANG Yaping et d’autres. étudiants universitaires, avec lesquels il a fondé la « Fédération de poésie des étudiants de l’Université de Chengdu » et la publication de poésie « Troisième génération » (1983.1), le premier texte de poésie du mouvement poétique de la troisième génération en Chine. En 1988, lui et d’autres poètes ont organisé le journal poétique Dynasty. Il a publié son recueil de poésie Paysage de Castille (1988), Sud (2014) et Plantes du jardin abandonné (2015). il est devenu universitaire après les années 1990, actuellement professeur à l’Université du Sichuan, où il est professeur titulaire de la chaire Jean Monnet de l’Union européenne (2014-2018) et professeur invité à l’Université de Lancaster au Royaume-Uni (2023).

 

Charger d'autres articles liés
Charger d'autres écrits par marilyne bertoncini
Charger d'autres écrits dans poésie

Laisser un commentaire

Consulter aussi

Les lecteurs de « L’Anneau de Chillida » en parlent

Je remercie Elizabeth Guyon-Spennato pour la belle surprise de ce jour : ce message reçu s…