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Wang ZiIiang : Trous noirs, singularités nues et chat de Schrödinger (extrait)

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photo générée par Dall-E

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Trous noirs, singularités nues[i] et chat de Schrödinger

1

Surgissant de nulle part, imprévisibles

ces corps célestes exotiques

La destruction tient au miracle

Qui jamais pourrait percevoir un trou noir ? Au point de singularité où se rencontrent nos champs de vision entremêlés

O a pu suivre en direct l’effondrement d’une naine blanche

N’est-elle pas similaire à la chute d’un empire ?

Un trou noir est massif autant qu’une épave du temps…

Loulan[ii],  Epang Palace [iii]et les contours de l’ancienne cité maya, comme sous une averse…

Une fois l’emblème de la Mort embrasé d’un rouge de fureur

Comme la fusion nucléaire ou l’insurrection d’États militaires féodaux

Tous les étendards, tous les rugissements et tridents

pointeront la même direction : rien n’existe hors de l’effacement, l’obscurité et la froideur

La mort d’une étoile s’accompagne toujours d’endurance

avant de sombrer dans l’oubli

Ainsi se forme le trou noir: au point culminant de l’effondrement

marquant le total engloutissement de la gravité

2 

On ne peut pas davantage s’approcher d’un trou noir

pas plus que voyager dans le passé

L’ horizon des événements se situe dans un domaine qui nous est inaccessible

même si nous étions de puissants faisceaux de lumière

ni l’histoire du Brumaire de Bonaparte

ni les motifs animaux sur les bronze de la dynastie occidentale des Zhou

ne pourraient être décrits comme des combinaisons onde-particule ou des phénomènes de réfringence

partageant des caractéristiques communes avec l’imagination

Les cerveaux les plus éminents de l’humanité

se concentrent sur quelques particules

s’enchevêtrant en bordure d’un trou noir

Nous n’avons pas plus d’idée de ce qui se passe

quand l’une d’entre elles est avalée

que sur la façon dont l’empereur Wen des Zhou avait choisi

entre Taotie, Kui[iv], et motifs de dragon

Il n’y a aucun moyen de savoir

si la fleur de lys des Bourbons

a  été anéantie par d’éternels combats rapprochés

3 

Qu’on imagine la formidable épave

le poids du casque et de l’armure de Dorgon[v]  sur son corps émacié

Le précurseur archaïque d’un trou noir

est un corps céleste massif,

avec de telles masse et gravité

qu’aucune matière ni rayonnement ne pourront jamais s’en échapper

Pas même la lumière

Aucune déclaration ni aucun mouvement dans l’histoire n’ont été épargnés

Même ceux répertoriés dans The Outline Of History et Comprehensive Mirror in Aid of Governance[vi]

Les annales se sont défaites – elles ont même volé en éclats

Si chaotiques, dispersés et discontinus

qu’ils ont balayé toutes les vicissitudes tumultueuses

tous les personnages légendaires ayant jamais foulé cette terre

comme une neige imprévue,

une bourrasque de tempête,

Tout ce qui périt finira par être recouvert un jour

aussi extravagant ou sérieux qu’il ait pu être

la noirceur est invisible

davantage que le noir, aussi intangible qu’un vide qui tente de vous happer

Personne ne peut être vu en dehors

ni ancêtres, ni contemporains pleinement reconnaissables

Un trou noir est un pictogramme de l’histoire

sombre et insaisissable

(…)

(adapté par Marilyne Bertoncini à partir de la traduction anglaise de Yin XIaoyuan)

 

L’auteur

429821028_1456241831914173_1331337570260165029_nWang Ziliang:Poète chinois contemporain, né à Taizhou, province du Zhejiang en 1958. Après avoir obtenu son diplôme du Département de langue et de culture chinoises de l’Université du Zhejiang, il a occupé divers postes depuis 1982, notamment celui de fonctionnaire du gouvernement, de rédacteur en chef d’un journal et de directeur d’un entreprise à grande échelle – il est actuellement professeur à l’École de l’Institut d’administration publique de l’Université Gongshang du Zhejiang. Il a été invité au 2e Séminaire de poésie des jeunes en 1982. Il a publié 6 anthologies de poésie : Triangular Prism (1984), A Boat Sailing Alone (1992), Turbulent Boundaries (2004), Tossing the Dice to the Sea (2013), Kangrinboqe. (2016) et Sphère armillaire (2017). Ses poèmes sont inclus dans An Anthology of Young Poets (1981-1982), 300 Misty Poems et divers autres recueils de poèmes. Il a remporté le prix d’argent du 1er prix de poésie chinoise Qu Yuan avec Lancer les dés à la mer (2013) et a remporté le 2e prix de poésie Jiangnan, nominé pour le 1er prix de bonne poésie de Chine avec le poème Clocks Store. Ses œuvres ont été traduites dans diverses langues.

on peut lire également « Une Nuit avec Pascal » dans l’anthologie « NOcturnes » du site jeudidesmots.com d’Embarquement poétique :  http://jeudidesmots.com/nocturnes-4/ et « Peinture d’objets inanimés » dans les émois du même site.

 


 notes : 

[i] En relativité générale, une singularité nue (en anglais : naked singularity) est une singularité gravitationnelle qui ne serait pas cachée derrière un horizon des événements1. Le concept s’oppose à celui d’une singularité située à l’intérieur d’un trou noir, qui est cachée par l’horizon à partir duquel la force gravitationnelle courbe suffisamment l’espace-temps pour que même la lumière ne puisse s’en échapper. Par conséquent, les objets situés à l’intérieur de l’horizon des événements, y compris la singularité elle-même, ne peuvent être observés directement. Une singularité nue, en revanche, serait observable de l’extérieur.
L’horizon des événements est, en relativité restreinte et en relativité générale, constitué par la limite éventuelle de la région qui peut être influencée dans le futur par un observateur situé en un endroit donné à une époque donnée.

[ii]  -Loulan, également appelé Krorän ou Kroraina, et connu des archéologues russes sous le nom de Krorayina, était un ancien royaume basé autour d’une importante ville oasis le long de la Route de la Soie, déjà connue au IIe siècle avant notre ère, à la limite nord-est du désert du Lop. Le terme Loulan est la transcription chinoise du nom indigène Krorän et est utilisé pour désigner la ville proche de Lop Nur ainsi que le royaume.

[iii]- Le palais Epang, dans l’ouest de Xi’an, dans la province du Shaanxi, était un complexe palatial de Qin Shihuang, empereur de Chine. La construction du palais commença en 212 avant JC. À l’exception de son hall d’entrée, il n’a jamais été achevé selon les découvertes des archéologues chinois. Selon les Archives de la Grande Histoire de Chine, lorsque l’empereur Qin Shihuang a unifié la Chine, il pensait que ses réalisations pouvaient être comparées à celles des souverains et des cinq empereurs. Il considérait le palais de la capitale Xianyang comme trop petit pour montrer leur majesté et ordonna de construire d’immenses communautés de palais au sud de la rivière Weihe et à l’ouest de la rivière Zaohe. Par la suite, avec le hall d’entrée du palais d’Epang comme centre, ils ont construit une concentration dense de bâtiments de plus de 270 sièges.

[iv] Le Taotie est un motif que l’on retrouve couramment sur les récipients rituels chinois en bronze de la dynastie Shang et Zhou. Le dessin consiste généralement en un masque zoomorphe, décrit comme étant frontal, à symétrie bilatérale, avec une paire d’yeux surélevés et généralement sans zone de mâchoire inférieure.Kui est une figure apolysémique de la mythologie chinoise ancienne. Les textes classiques utilisent ce nom pour le légendaire musicien Kui qui a inventé la musique et la danse ; car le démon des montagnes unijambiste ou dieu de la pluie Kuivariément ressemble à un dragon chinois, à un tambour ou à un singe à visage humain ; et pour le yak ou le buffle sauvage de Kuiniu.

[v] ] Dorgon (17 novembre 1612-31 décembre 1650), officiellement connu sous le nom de prince Rui, était un prince mandchou et régent du début de la dynastie Qing. Né dans le clan Aisin Gioro en tant que 14ème fils de Nurhaci (fondateur de la dynastie Qing), Dorgon a débuté sa carrière dans des campagnes militaires contre la dynastie Ming, les Mongols et les Coréens sous le règne de son huitième frère, Huangtaiji, qui succéda à leur père. . Après la mort de Huangtaiji en 1643, il fut impliqué dans une lutte de pouvoir contre le fils aîné de Huangtaiji, Hooge, pour la succession au trône. Tous deux parvinrent finalement à un compromis en se retirant et en laissant le neuvième fils de Huangtaiji, Fulin, devenir empereur ; Fulin fut installé sur le trône en tant qu’empereur Shunzhi. Dorgon servit comme prince-régent de 1643 à 1650, tout au long du premier règne de l’empereur Shunzhi. En 1645, il reçut le titre honorifique d’« Oncle de l’Empereur et Prince-Régent » ; le titre fut changé en « Père de l’Empereur et Prince-Régent » en 1649.

[vi] The Outline of History, sous-titré « The Whole Story of Man », est une œuvre de H. G. Wells parue pour la première fois dans une version illustrée de 24 fascicules bimensuels commençant le 22 novembre 1919 et publiée en un seul volume en 1920.
Comprehensive Mirror in Aid of Governance (Zizhi Tongjian) est un ouvrage de référence pionnier en historiographie chinoise, publié en 1084, sous forme de chronique. En 1065 après JC, l’empereur Yingzong de Song ordonna au grand historien Sima Guang (1019-1086 après JC) de diriger avec d’autres érudits tels que ses principaux assistants Liu Shu, Liu Ban et Fan Zuyu, la compilation d’une histoire universelle de la Chine. La tâche a duré 19 ans et, en 1084 après JC, elle a été présentée à son successeur, l’empereur Shenzong de Song. Le Zizhi Tongjian relate l’histoire de la Chine de 403 avant JC à 959 après JC, couvrant 16 dynasties et s’étalant sur près de 1 400 ans, et contient 294 volumes et environ 3 millions de caractères chinois.

 

 

 

 

 


 

 

 

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