le blog de MARILYNE BERTONCINI

La Dernière Oeuvre de Phidias

phidias

phidias 4 de couv

 

 

Angèle PAOLI en parle ici :

2016.http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2016/05/marilyne-bertoncini-la-derni%C3%A8re-%C5%93uvre-de-phidias-par-ang%C3%A8le-paoli.html

et Pierre PERRIN en parle là :

http://lefraisregard.free.fr/bertoncin1.php

Merci à tous deux pour ces regards en empathie.

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on en parle ici aussi :

https://librebonimenteur.net/tag/la-derniere-oeuvre-de-phidias/

http://www.lacauselitteraire.fr/la-derniere-oeuvre-de-phidias-marilyne-bertoncini

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un article de Marilyse LEROUX, sur la revue Texture, de Michel BAGLIN,  merci à tous deux :

http://revue-texture.fr/d-un-livre-l-autre-789.html

Marilyse Leroux :

La dernière œuvre de Phidias – Marilyne Bertoncini, 453me Encres vives, avril 2016, 6,10 euros.

« Phi-dias, Phi-dias », ainsi commence, avec son pourvoir d’invocation, d’incantation, le dernier recueil poétique de Marilyne Bertoncini. On sait l’auteur férue d’art, de légendes, de mythes antiques (cf. son blog Minotaura). Le mystère de la vie du célèbre sculpteur grec « toute tournée vers une quête d’absolu et de réalisme », qui, dans son imagination, finit ses jours exilé sur l’île de Lemnos l’a, dit-elle, longtemps « fait rêver ». Comment rappeler l’artiste du « creux de la ténèbre » ? A-t-on besoin d’ailleurs de le rappeler ? N’est-il pas là présent partout, diffus dans l’air comme un parfum, jouant dans les reflets de la pierre ou « dans l’îlot clair découpé par la lampe », s’étendant « à l’heure où rentrent les troupeaux » comme une « ombre immense qui submerge le ciel », la mer et l’âme ?

Une porcelaine à l’oreille
Ce récit-poème singulier, au rythme envoûtant, disposé sur une douzaine de pages A4 en 18 fragments, s’apparente à une longue méditation éveillée, à une rêverie solitaire qui confond les âges, les époques, les espaces et les voix (on reconnaîtra en italiques celles d’Homère et d’Héraclite). La vision de Phidias s’impose à travers les signes du présent qui la guident jusqu’à la page où elle s’écrit, jusqu’à la rencontre fertile où il reprendra vie. Et comme toute vision, elle s’auréole de mystère, le bleu du ciel ou de la mer fût-il le plus pur qui soit. Qui est le jeune Kallimakes au nom de sculpteur et de poète qui, à lui seul, contient toute la beauté du monde ? L’artiste plus jeune, son double, son futur ? La poète elle-même qui convoque le sculpteur sous sa lampe immobile ? Qui est ce « vieillard qui remonte la pente » ? Peut-être Phidias lui-même qui, revenu du Royaume des morts, saisit la main de l’enfant tendue vers lui. « Les lieux sont fuyants plus que le sable même » : est-on à Lemnos, à Ostende, à Brighton, à Pompéi, sur un rivage de la Méditerranée et lequel ? Difficile de laisser l’artiste se prendre « au piège des signes » comme des lieux. Est-ce lui, là, « dans le blanc de la page, dans l’évanescence de l’écran » ? Lui encore dans les « spires précises et annelées » de l’ammonite, dans « les coquilles et noirs fucus » ? L’âme de Phidias, sa « dernière œuvre », se révèle aussi évanescente qu’une caresse, qu’un poème. Au vrai la beauté est nulle part et partout à la fois, en tout lieu, sur tout rivage où vibre la matière, dans tout regard précis et aimant qui la capte. Parmi « des ossements de seiche », dans « l’éclat poli des galets humides », dans un caillou blanc mêlé d’algues au creux d’une vasque marine, la nature étant elle-même sculpture.
Au-delà des naufrages et des catastrophes, il est possible, dans une « improbable conjonction de l’éphémère à l’éternel » de sculpter l’absence. Il suffit d’écouter, de regarder, de comprendre la matière, les formes qui y sont incluses et de ciseler les signes et les gestes qui les révèleront. « À mots comptés » pour la poète, qui use d’une prosodie scandée, pleine de noblesse, nourrie de mythes antiques et de réalité contemporaine. Ainsi, tels « des oracles que les dieux cachent dans la nature », monteront les chants qui ne meurent pas. Ainsi le mystère continuera-t-il de courir dans les veines du marbre comme dans le « fin réseau rouge de la vigne de mer ».

Marilyse Leroux

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Rome DEGUERGUE me fait l’honneur d’un bel essai sur Recours au Poème :

http://www.recoursaupoeme.fr/critiques/marilyne-bertoncini-la-derni%C3%A8re-oeuvre-de-phidias/rome-deguergue

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Valérie CANAT DE CHIZY parle de Phidias sur la revue numérique Terre à Ciel :

Capture

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Très bel article de Murielle Compère-Demarcy sur La Cause Littéraire du 8 décembre 2016 :

http://www.lacauselitteraire.fr/la-derniere-oeuvre-de-phidias-marilyne-bertoncini-2

phidias mcdemarcy

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Sanda Voïca sur Paysages Ecrits – merci à elle :

Sculpter son absence

La figure mythique – mythologique ! – du sculpteur grec, dont la vie, et surtout la fin, quand Phidias est exilé à Olympie, reste plutôt mystérieuse, semble avoir hanté Marilyne Bertoncini, jusqu’à vouloir écrire ce poème, qui me semble, pareil à l’œuvre et la vie du sculpteur, « tournée vers une quête d’absolu et de réalisme ».

L’énigme de la vie du sculpteur athénien obsède la poète, jusqu’à l’envahir complètement, et j’ose affirmer jusqu’à l’identification avec lui :

« Tu es cette ombre immense

qui submerge le ciel

puis la mer

et mon âme »

Les lignes – écrites et / ou dites, voire chantés ou récités (par un enfant) sont un « piège » – qui ont le pouvoir de ramener Phidias à la vie et devant nos yeux :

« Au fil de la voix qui chantonne

enfin tu t’es pris

et lent    lentement    tu remontes

de l’ombre                           de la mer

vers la maison »

 

Cette revenue (ce retour) est à la fois une renaissance – de l’autre, du sculpteur – et une mise à mort de soi-même, comme si leur existence simultanée ne serait pas possible. La mort de la poète est la condition de la vie (renaissance) de l’autre. Ou bien, comme dans des vases communicants, l’âme de l’un passe dans l’autre :

« Te prendras-tu au piège

des signes que je trace

mailles d’encre tissées à l’heure où je

disparais

hantée de choses indistinctes

qui s’entremêlent    se confondent

-          diaphanes et poreuses

avant d’absorber les marges

de la nuit

qui peu à peu             les alourdit

et ferme                  sa paupière »

 

Il ne s’agit pas d’un simple « procédé littéraire », mais nous assistons à une réelle identification de l’auteure-poète et de l’objet de son écriture. « La chaîne des lettres / à mots comptés t’amène à moi », dit-elle.

Nous assistons à une mise en scène détaillée des circonstances de ce « retour » non pas factice, mais bien réel, à la fois (bien) passé et toujours actuel, par le biais des scènes lues et imaginées de l’Odyssée et des Fragments d’Héraclite, mais aussi par le biais de l’évocation des scènes de sa propre vie, des plages, comme celles d’Ostende ou Brighton, des jardins, ou bien des visites de musées, comme celui de Pompéi, avec ses momies. Plages désertes en automne, cafés fermés, villas aux façades délavées…

Un dénominateur commun : la catastrophe, la souffrance, les larmes. La souffrance criée ou silencieuse.

Le poème de Marilyne Bertoncini est un poème des interrogations :

« Quels cris

Quels gestes furent interrompus

à jamais suspendus

fixés

sous       la pierre ? »

ou :

« Quel tumulte immobile agite encore l’équipage

dans la subite concrétion »

Etc.

Mais l’interrogation la plus puissante est celle sur le procès même de l’écriture, et notamment sur la frontière entre le réel et l’imaginaire : où commence et où finit le poème ?

Nous avons affaire, dans la création, à « l’improbable conjonction de / l’éphémère    à      l’éternel ».

La poète avoue :

« Ici

où je cherche Phidias

sous le blanc de la page

dans l’évanescence de l’écran

béant son vide

 

c’est Ostende

peut-être

ou Brighton »

 

Une aspiration à confondre les deux, l’idéal et la réalité, nous disions au début, faire un, peut-être comme l’eau et la plage :

« Délayées par la bruine

l’eau et la plage

se confondent

s’aspirent et

s’absorbent »

La quête d’un « dessin originel » – qui même si entrevu, « se dissout / et n’est plus ».

Pourquoi cette difficulté à fixer le réel imaginé ou l’imaginaire réel?

Peut-être parce que :

« Les êtres imaginaires répètent à votre égard

des gestes appris de vous

 

et les lieux sont fuyants plus que le sable même »

 

Et cette interrogation, dans le sillage de Pirandello, celui de « Six personnages en quête d’auteur », ou de « Brouillard » de Miguel de Unamuno, (une « nivola » où le personnage se rebelle contre son créateur mais surtout qui permet à son auteur de dire que sa vie peut-être aussi inauthentique (irréelle) que celle de son personnage) :

« Que font ils [les êtres imaginaires] entre deux pauses de l’écriture ?

Tremblantes images indéfiniment fiées [fixées ? figées ?] sur l’écran

ou ralenties tandis que les sons ne sont plus

qu’indistincts crépitements d’insectes »

 

Alors son « personnage », Phidias – qui a bien existé – n’est finalement qu’une illusion, une chimère à toujours attendre et faire (re)vivre – tâche si difficile, voire impossible, comme c’est impossible  de maintenir l’état (temps-lieu) qu’on appelle l’enfance :

« ainsi Phidias dont jamais le pas ne se pose

sur le chemin où je l’inscris

et la voix de l’enfant

à jamais suspendue »

entre les deux syllabes de son nom »

La poète-enfant – qui n’arrête pas d’appeler et syllaber « Phi-dias » – peut avouer : « les lieux m’échappent », et, en la paraphrasant, elle « flotte » comme les algues « entre deux profondeurs » et tend « ses rets doux et luisants (de son écriture !), « dont la main ne saisit que fuite coulissante ».

Mais elle reste « toujours en quête d’une forme / soustraite / chaque soir / au néant », car « l’âme des choses – / comme un halo – / sourd de la matière ». Elle est donc semblable à Phidias :

« […] dans le bloc ébauché

la matière fait signe

au sculpteur

afin qu’il en révèle

la forme qu’elle contient ».

Non pas sans réussir (l’impossible devenu possible) :

« L’enfant marche comme l’on danse

dans la poussière du chemin […] »

Phidias est né de la voix de l’enfant et de celle de la flûte aulos ou du sifflet de roseau, qui font un « chant qui donne aux étoiles / leur voix. »

Mais il ne reviendra plus, sa tâche a été accomplie :

« Déesse

me voici

j’ai enfin sculpté

ton absence

[…]

 

J’ai entendu

vibrer

l’appel

 

du vide »

 

Marilyne Bertoncini a sculpté sa propre absence.

https://sites.google.com/site/revuepaysagesecrits/archives/numero-27/pe27—sv-sur-bertoncini

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Extrait de « Poésie panorama » in JDP n°4 2016 – Philippe Leuckx.


Dans « La dernière oeuvre de Phidias » (Encres Vives), Marilyne Bertoncini « trace la caresse d’un nom » célébré. Un enfant l’appelle : « Hisse-toi », dit-elle au sculpteur.
Dans de lentes descriptions de plages « où je cherche Phidias », l’auteur rameute « l’arceau dépenaillé des roses de novembre ».
Recueil-hommage, « La dernière oeuvre » est surtout dans le regard d’un poète sensible au vide à combler des formes de l’art, « toujours en quête d’une forme soustraite au néant ».
« Sous le carrare blanc luit l’esquisse d’un mouvement » : de silencieux « appels », des fantômes traversent ces champs « d’ombre immense ».
p.104

 

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Dans le numéro 42 de la revue NUNC, (pp.138-139) un bel article de Gwen Garnier-Duguy (que je remercie) à propos de LA DERNIERE OEUVRE DE PHIDIAS :

on peut se procurer ce numéro et découvrir le riche sommaire en suivant ce lien :

http://corlevour.com/fr/revue/nunc-n%C2%B042

 

 

L’Histoire n’aura retenu peut-être que l’essentiel du sculpteur Phidias, né à Athènes vers 490 avant Jésus-Christ, et mort à Olympie soixante ans plus tard, en – 430. Choisi par Périclès pour exécuter des statues du Parthénon, il restera dans les mémoires pour avoir sculpté entre autre une statue de Zeus chriséléphantin (or et ivoire) aujourd’hui disparue, considéré comme l’une des Sept merveilles du monde. Jouet d’une conspiration visant Périclès, il achèvera sa vie en exil, à Olympie.

Marilyne Bertoncini, fascinée par le génie de Phidias, et l’esprit travaillé par son exil final, s’est mise à rêver de ses dernières années et de ce qui put bien hanter l’imaginaire d’un homme épris d’un tel absolu qu’il voulait rendre visible à ses semblables le visage des dieux.

Qu’un poète actuel puisse aujourd’hui être traversé par la figure d’un sculpteur grec classique dont il ne reste que la légende, nous dit quelque chose. Par son imagination, Bertoncini a marché avec Phidias sur ses dernières plages, elle en a arpenté les marées, les yeux essorés par la miraculeuse lumière des côtes méditerranéennes. Elle a contemplé les êtres et les choses de la mer, les laminaires, les sèches, la nature environnante, cherchant quelle pouvait être la dernière œuvre à laquelle le sculpteur proscrit vouait ses dernières pensées.

De cette inspiration, aimantée par deux millénaires et demi de distance, est né ce beau poème, concis et mesuré, habité par le souffle d’une grande harmonie intérieure. Les œuvres parlent et génèrent des œuvres. Au-delà de la matière physique, et la mémoire assortie de la véritable gloire, c’est-à-dire de l’esprit de grandeur qui l’anime peut alors ici relever pleinement de la matière même, les œuvres, par delà le temps, affranchissant le temps linéaire, dialoguent. Ce que l’on disait mort pour l’esprit n’est jamais mort.

Aussi Marilyne Bertoncini, à l’écoute de sa feuille blanche ou de son écran, peu importe, écoute la voix silencieuse de Phidias appelée par ces dieux prisonniers de la matière, de la pierre ou du bronze, de l’or ou de l’ivoire, et qu’il s’agit de délivrer en leur donnant forme c’est-à-dire qualité.

En sortent des images laissant sur la grève de la page leur écume mobile : « Dans l’îlot clair découpé par la lampe/au creux de la ténèbre où ma pensée te cherche/Je trace la caresse/de ton nom (…) Les ombres s’allongent et la sourde rumeur/des vagues/ronflant comme à l’oreille émerveillée/contre ta bouche de porcelaine/marine/est résonnante tempête au creux/de ma tête ».

Il faut lire ce beau poème, encore et encore, nous n’en faisons pas le tour en une seule lecture. Il cache des trésors sous son rythme profond car sa langue, comme les statues de Phidias, comme la cigale du poème,  « cisèle le silence ».

Il faut lire La dernière œuvre de Phidias, prenant aujourd’hui la forme du poème de Marilyne Bertoncini.

Gwen Garnier-Duguy

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Une lecture personnelle de Phidias, par Jean-Luc Proulx

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UN BROUILLON SUR PAPIER BLANC

 

« Lire fait écrire, mais quoi ? Une avenance, une innommabilité.
Un pas devant, un pas de côté, et j’avance
Fantôme radieux
Le poème seul sait faire tourner la tête du lecteur. Le poème déjà – le même – est
ailleurs à accomplir un autre travail. Et je lis en lui. Vers contre vers, c’est cela. À ne
pouvoir conclure, on poursuit. Et ce matin, le camion démarre en trombe. Petit
camion d’épicier. (…)

la suite à lire sur le numéro 175 de « Recours au Poème » :

http://www.recoursaupoeme.fr/essais-chroniques/ping-pong-la-derniere-oeuvre-de-phidias-de-marilyne-bertoncini/jean-luc-proulx

 

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