le blog de MARILYNE BERTONCINI

Labyrinthe des Nuits, suite poétique – mars 2015

 

Un grand merci à l’éditeur, Matthieu Baumier, qui publie mon premier recueil – un merci particulier aussi à Jan Owen, qui a traduit Nuit de Lilas pour la revue CORDITE, et à Chantal Dupuy-Dunier, la première à m’encourager vivement à publier mes textes.

à commander chez l’éditeur :

http://www.recoursaupoemeediteurs.com/contemporains/labyrinthe-des-nuits

Labyrinthe

on en parle ici :

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Angèle Paoli , sur « Terres de Femmes » :

« SUR LA COURBE DU MONDE »

 

De jolis nuages volatils et légers ponctuent Labyrinthe des nuits. On peut feuilleter le livre de nuage en nuage comme un enfant sauterait à cloche-pied sur un gué ponctuant un ruisseau. Nuages promesses d’une lecture vagabonde aérienne subtile ? Peut-être.

À sauter de page en page sans s’attarder à la lecture, on est frappé par la diversité des formes que prennent les poèmes dans l’espace, tantôt très brefs, tantôt constitués de strophes de trois ou de quatre vers. Tantôt déployés sur une pleine page. C’est dans ces irrégularités — baroques  ? — que Maryline Bertoncini construit sa propre régularité dans l’inventivité poétique qui est la sienne. Des mots immédiatement visibles/lisibles reviennent, comme autant de points perceptibles ourlés dans la trame du poème. Lilas / Leyla / Lavande / Lave / Lacets / Inlassable / Lacis / Flamme… « Là ». La tonalité musicale du recueil serait-elle en « la » ?

Parfois, des inserts en italien (et en italiques) se glissent entre les mailles, qui apportent à la broderie du poème un motif nouveau, musique douce à l’oreille, vol de guêpes dans la première lumière, « ronzio che precede la prima ora del mattino ».

Dès la lecture de « Nuit de Lilas », un univers d’« outre-monde » s’ouvre. Lié à la nuit d’avant l’aube, au silence suspendu qui la caractérise, à peine interrompu par le chant flûté d’un oiseau. Quelque chose de léger s’anime, d’incertain, un cillement ténu, pris dans l’entre-deux des formes. Ainsi de la couleur qui domine, cette couleur lilas, qui draine avec elle ses variantes d’ivresses violines — mauve lie-de-vin lavande — dans un poème ciselé avec art. Les pierres précieuses — quartz obsidienne améthyste — mêlent leurs veines aux entrelacs des plantes, efflorescences et parfums. Inscrit sous le signe d’Orphée, le poème d’ouverture frissonne de ses allitérations en « f ». C’est dans cet univers onirique de pierres et d’acanthes, mélange d’ivresse lumineuse et de nuit, que survient, « nageur inconscient », celui qui « aborde aux grèves du silence ».

Le lilas lie-de-vin, corolles cruciformes, prépare l’arrivée de Leyla. Un « je » regarde et voit. Leyla à la fontaine, est-ce rêve vision apparition biblique ? Leyla dans ses voiles – voile perse — survient au verger dans un poème aux accents du « Mai » de Guillaume Apollinaire, allure régulière où alternent alexandrins et hexasyllabes :

« À travers le verger bondissant

Dans les voiles légers des nuages de mai. »

Évanescente Leyla qui réapparaît plus loin, en d’autres vers, lacis et lianes du lilas. « Nuit-Femme dans le jour vert », amante de Majnûn. Violine couleur de la Passion, l’écriture solaire de Maryline Bertoncini est aussi écriture secrète, qui résiste au dévoilement et à la révélation. Langue légère en même temps que recherchée, qui inscrit Leyla-au-lilas dans un univers de couleurs orientales tout autant que méridionales, arabesques et azulejos, chant de cigales et de fifres, ifs lierre et comptines de l’enfance, rouge sang de la grenade que vient interrompre le vert des feuillages. Des images affleurent qui évoquent patios et jardins aux « jaseuses fontaines ». Des toiles d’Henri Matisse semblent s’y superposer, mélanges de lumières de couleurs où exultent, dans un entrelacs de lianes, le midi et l’orient. Un amour secret s’ébauche qui tend sa toile d’un poème à l’autre.

Dolce      sorella

nella mia lingua

segreta

Soudain, dans le poème qui met le « Là » en relief, le monde bascule dans un univers autre. Celui des jardins ouvriers du Nord, terres d’abandon aux lisières des villes. Tout un paysage de cabanes à outils terrains vagues carrés potagers grilles et parcelles s’organise, empli de promesses d’ailleurs de rires et de jeux. Paysage des origines d’une même légèreté, d’une même luminosité.

Leyla revient. « Tambour des pâtres », la mémoire. Et les vers de Nerval affleurent sous ma plume :

« C’est encor la première ;

Et c’est toujours la Seule, ― ou c’est le seul moment »…

Elle revient, Leyla, associée à la nuit dans un poème de haut lyrisme. Un sonnet irrégulier, rythmé par le roulement du « Et » d’appui, anaphorique :

« Et tu es le tambour

Et le pâtre

Et le monde

Et ma douleur qui chante

O Leyla »…

Leyla est-elle « l’inlassable noueuse », qui tisse, dans le balbutiement des labiales, les « merveilles du jardin perdu » ?

Les années passent. Leyla s’efface pour laisser place à l’absence. D’autres images prennent corps dans l’éclat vibrant du vitrail. Survient le Roi-Cerf, joyaux des couleurs sertis de plomb, blasons de formes entrelacs de figures mythiques flammes et chasses, feux. Le rêve se nourrit de ses propres images. Voratrices, elles sont images puisées à la source d’un « labyrinthe de pensées », d’où surgit une langue subtile. Par deux fois la poète « s’abreuve à ce fleuve où » ses « pensées se mirent ». S’offrant en pâture aux années, à leur « meute » insatiable, elle se voue tout entière à ses « Ménades intimes ». Pourtant, si la douleur christique du cerf l’habite et la saisit, l’assomption n’est pas loin. Qui se résout dans l’apothéose mystérieuse des constellations. Sous l’onirisme incantatoire des étoiles :

« Altaïr Antarès Enif Eli Sadalmelek

ton gréement dans le vent stellaire scintille au rythme des

constellations

et ta blanche carène est une nébuleuse

qui m’entraîne en son erre. »

Imprégné du symbolisme « fin-de-siècle », le recueil Labyrinthe des nuits est un ouvrage d’art, où pépitent « émaux et camées » des grandes voix poétiques du passé ― Nerval, Aloysius Bertrand, Baudelaire, Laforgue… Mais la voix que fait entendre Maryline Bertoncini dans ce recueil est une voix singulière, sensible à tous les effluves de vie ; à toutes les veinules odoriférantes et colorées qui irriguent une vie ; comme aux menus accents des moindres cruautés. Même si les mots ne peuvent atteindre les cendres des morts ; même si le poème se clôt sur une impossibilité, les souvenirs poursuivent leur ronde. « Clameurs désaccordées »… « sur la courbe du monde ».
http://terresdefemmes.blogs.com/mon_weblog/2015/03/marilyne-bertoncini-labyrinthe-des-nuits-par-ang%C3%A8le-paoli.html

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dans Terre à Ciel, sous la plume de Sabine Huynh : http://www.terreaciel.net/Lus-un-jour-aimes-pour-toujours-4#.VSwcHWwcTIU

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Marie-Josée Desvignes  sur  « Autre monde » : http://marie873.wix.com/autre-monde#!labyrinthe-des-nuits-mbertoncini/c20bz

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Chantal Dupuy-Dunier  sur La Cause Littéraire du 27 avril 2015 :

Marilyne Bertoncini est fascinée par la mythologie. Pour elle, « les mythes deviennent les souvenirs ». Orphée, le Minotaure, Leyla… À travers l’exploration du labyrinthe, c’est le sens de la vie qui est recherché, parcours initiatique et bien sûr dangereux, l’interrogation devant la mort qui est posée. Nous ne sommes pas étonnés de retrouver ici la figure hautement signifiante et symbolique du labyrinthe. Le blog de l’auteur se nomme minotaura, on peut y rencontrer Isis, à la recherche des fragments d’Osiris, son époux mort.

Dans un premier recueil, où l’exubérance des fleurs, des oiseaux et l’explosion de couleurs évoquent les enluminures arabes, et où les jardins ouvriers de l’enfance deviennent les dessins d’un tapis persan, Marilyne s’appuie sur l’histoire de Leyla et du jeune poète qui devint « Majnoun », le « fou d’amour ». Amour impossible qui conduira le jeune homme à répéter sans cesse le nom de sa bien-aimée, chant en boucle, « dans l’enfer de sa solitude… / le labyrinthe de sa tête », comme le Minotaure au centre de son dédale, Minotaure, monstrueux mais néanmoins fruit de l’amour de Pasiphaé et d’un puissant taureau. Avec une autre histoire d’amour, celle de Thésée et d’Ariane, pourvoyeuse du fil salvateur, qui pourrait bien être celui de l’écriture poétique. « Cherche… l’élément secret / que sinueusement trace / la lettre… / à travers ses détours ». Écriture solaire à l’image de la roue, figurée par le labyrinthe.

Leyla-Lilas… Cela pourrait sembler simple et bucolique.

Mais : « J’ai vu tes yeux, Leyla, dans l’ombre du volet / Tandis que s’enroulait la voix des tourterelles / Dans le matin couleur de leur plumage rose. / La voix qui me torture est semblable à la tienne ». Quatre très beaux alexandrins, le recueil en contient beaucoup d’autres. « Rien de toi, ici, ce matin n’est resté ».

L’est là pour : L’est pas là ? Plus là… Car ce labyrinthe est celui des nuits, accompagnées de nuages, celui de « l’outre-monde » où nous conduit, sans aucun fil pour pouvoir en sortir, notre humaine condition. Marilyne Bertoncini cite les fameuses paroles du corbeau d’Edgar Poe « Never more » avant d’enchaîner sur « Où vont les souvenirs des morts, / la cendre de leurs pensées ? »

« Est-il plus scandaleuse absence que la tienne ? » dans le « labyrinthe secret où se perd la mémoire en quête de soi-même ».

Ce recueil, livre où l’amour et la mort mêlent leurs voix, se clôt sur ces vers d’une beauté terrible : « Et couronnée d’étoiles crépitantes / moqueuse la mort t’entraîne / sur la courbe du monde », suivis de ces deux mots en italien « Recapito… / impossibile ».

http://www.lacauselitteraire.fr/labyrinthe-des-nuits-marilyne-bertoncini

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Pierre Perrin sur La Pierre et le Sel  :

Marilyne Bertoncini, à la recherche de soi dans son labyrinthe, sait regarder comme personne la nature. Dès le premier poème, “La Nuit de Lilas”, un lever de soleil, un jour entier, dans ses synesthésies, l’éclat d’un lilas justement, tout ce que le monde offre d’éphémères et que, faute d’attention, on regarde si peu, nourrit à travers ses pages plus qu’une empreinte, une fragrance, un pétale de l’être qui s’écrit d’une écriture en plénitude. « Le soleil au reflet de la vitre s’est pris / Pour se jouer de moi ». Un amour manque, peut-être, ici magnifiquement nommé Leyla, mais qui est peut-être la Vie elle-même, appelée doucement, dans le second poème : « Tu es l’éclat pers qui soulève la paupière du ciel » en même temps qu’on se demande où est le partage du présent et de la mémoire, tant les jeux s’avèrent subtils « sous la paupière de la nuit ciliée de songes ». Le troisième poème, “Roi-cerf”, ne propose-t-il pas un tendre hallali : « Meute de mes années repaissez-vous de moi », mais qui monte vers un toujours autre univers, par degré, en un rêve une fois de plus fécond : « la musique est ce souffle qui enfle ta voilure et le flot qui t’emporte », de sorte qu’en vérité chaque poème crée le labyrinthe pour mieux le dissoudre derrière lui. Le quatrième et dernier poème, au titre ici traduit, on ne peut plus judicieux, “destinataire inconnu à cette adresse”, interroge ce qu’il peut bien rester après la mort. On est dans, et au-delà du songe, ou plutôt le songe convoqué est enraciné dans des faits concrets : un goéland « dépeçant l’oiseau mort que tu n’avais pas vu » fait que « moqueuse la mort t’entraîne sur la courbe du monde. » Ainsi Marilyne Bertoncini-pirez, qui partage sa vie entre Nice et Parme et qu’on peut retrouver sur son blog où dialoguent textes et photos en cours d’élaboration [ci-dessous], offre une poésie qui dit notre rapport au monde avec une écriture charnelle, moderne et presque classique à la fois, toujours parfaitement maîtrisée. C’est un grand plaisir de lecture qu’offre ce Labyrinthe des nuits, au service d’une authentique élévation de l’esprit.

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et sur la revue Diérèse.

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