le blog de MARILYNE BERTONCINI

Esquisse d’un Voyage

Esquisse d'un Voyage dans images DSCN3614-300x225

Jeudi

 

Des traits de suie délitent l’horizon derrière

Les vitres embuées de l’âcre haleine de cigarettes

Et l’usure des corps

Dans le ventre métallique du train

Halètent les ailes d’un journal déplié

 

Monaco

Le train dégorge

Vide sa panse

Dans l’orbite cafardeuse du tunnel suinte

L’aube aigre

 

Puis l’eau de pierre aigue-marine et azur vert -

Dans l’infini ressassement des métaphores, c’est la mer, simplement, qui le mieux se désigne  elle-même -

Se pare d’un pâle reflet d’or rose

Une touche de lavis crépusculaire à l’horizon

Sous l’ocre plumage des nuages.

 

Surgit en mémoire « la mer glauque » – glauco, ce bleu-vert opalin comme le  reflet du jour dans le cristal blanchi d’un oeil mort,

Comme le mouvant manteau de l’huître sur le fond nacré de la coquille

Du même blanc-bleuâtre que le marli d’écume qui cerne  les rochers.

 

 

 

*

14 mars, 2012 à 21:08 | Commentaires (0) | Permalien


SAISONS

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Dans le ciel marécage

Un voilier girouette à la cime du toit

En contrebas l’émail gribleuté de la mer.

 

 

*

Fin de saison

les mimosas roussissent contre les jeunes pousses

Feuillage-dynamite

Eclair vert du printemps. 

 

*

 

Jour de vent :

J’écrase en marchant des baies de poivrier

Parfum rose et piquant de l’été.

 

 

 

*

 

Première pluie dans le ciel mâchuré

Flottante feuille morte

un avion.

 

 

*

La neige ploie les mimosas

têtes chenues par-dessus les grillages

leurs longs cous éplorés de girafe.

 

 

 

 

 

 

*

11 mars, 2012 à 21:51 | Commentaires (3) | Permalien


Amarcord

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Abandonnée le long de la rue désertée

Gelsomina pleurait

 

T’en souviens-tu?

 

Lentement passaient un cheval et le vent gris

De la vie et de nos songes doux-amer

 

Ce soir nous voit assis comme elle sur la pierre  

 

Regarde

 

Les étoiles dansent autour du baptistère

Comme insectes captifs dans le halo des lampes

                        Mais tu sais que je vois aussi des châteaux  le long du torrent

                        Là où s’élèvent diurnes de simples immeubles              

 

Face à l’escalier du Teatro Reggio s’incarne le visage vide et lumineux

D’un passage voûté

 

Le vent joue avec un sachet-plastique

Petit fantôme volant selon son désir

 

Personne ne passe à cette heure

Sous le sombre rougeâtre des lampions

Tout baigne dans le crépuscule sépia de vieilles photos

 

Ecoute

 

Place de la Paix le chantier taciturne résonne comme

Un plateau de Cinecittà après le dernier clap

 

Les vélos passent lentement

Vrombit une vespa sans but

Nonchalants les Vitelloni errent sans plus de consistance que

Des images de cinéma

 

Voici pourtant ce qui manque au décor

La ritournelle de Gelsomina

                        Son nasillard  de la trompette

                        Appeau des

Souvenirs 

Pourtant toujours là

                        plus vivants sous la pierre que tous les plaisirs

                        plus déchirants que la douleur

 

Coeur de la ville
Endormie

Ils attendent que nos
Voix dissipent la magie

 

Te souviens-tu?   

 

 

 

 

*

10 mars, 2012 à 20:37 | Commentaires (2) | Permalien


PLANE-TREE

platane

10 mars, 2012 à 17:06 | Commentaires (0) | Permalien


La Clé de Jade

La Clé de Jade dans images IMGP93924-768x1024

La clé de jade

 

 

La clé de jade ouvrant la cage de ton cœur

est la clé de jasmin qui scellera tes yeux

 

Demain jaillit parmi les soucis de ton âge

entre tes mains

fuyant comme le sable

 

Demain recouvre les jours

en rade dans la mémoire

les jeux du temps jadis

les beaux châteaux effacée par la mer

plus sûrement que le palais d’Armide

 

Le sablier menteur filtre

le temps entre les doigts

et

tu ne sais

 

où est la clé de jade

jadis abandonnée.

 

 

 

 

*

 

9 mars, 2012 à 19:07 | Commentaires (2) | Permalien


LE ROI-CERF (extrait)

 

 

 

(…)

 

                                  *

 

    Je m’abreuve à ce fleuve et la tête me pèse

    Un labyrinthe de pensées s’y presse

    Fantômes exigeants chasseresses insoumises en  lutte dans le dédale                                                     

 Agiles cavales en furie ayant perdu les guides et battant à mes tempes un rythme d’agonie

 

    Je m’abreuve à ce fleuve où mes pensées se mirent

   Ayant forcé mon front d’un corail qui le ceint de son vivant diadème

 

    Nuées comme l’essaim hors de la ruche enfui

    Elles tracent dans l’onde où elles coagulent  l’arbre qui me couronne comme un madrépore

 

    C’est la vie qui me quitte dans le précis reflet où s’achève ma tête

    Et double ma douleur

 

    Dépouille je m’abreuve à mes pensées.

 

                                  *

    Meute de mes années repaissez-vous de moi 

    J’ai de mon sabot d’or fait jaillir les étoiles

    Ma danse vagabonde organise le monde

    Et la gloire où me mène l’amble de mon pas illumine le gouffre où me porte la Roue

    Solaire

    A mi-parcours                                     

    Sous la forêt des signes mâchant trèfle et cerfeuil une biche et son faon paisibles se  promènent

 

    Une mésange au loin chante dans le sureau et dans le crépuscule la cloche d’une église

    Tinte

 

    O votre humide haleine attachée à mes traces

    Meute de mes années

    Toujours me déchirant mes Ménades intimes

              Le poignet tatoué du beau signe de mort

    Et railleuses toujours mes pensées avec vous

    Et les abois cendreux de l’infernale meute

              Rouges oreilles dressées comme tisons ardents

 

    Dans les frondes des mots mes ramures se prennent en entraînant mes songes.

 

                                  *

 

    Or je rêvais

 

    Sur la croisée fermée le soleil irisait l’oeil brun et douloureux

    D’un cerf

 

    Et l’oeil

    Se reflétant sur lui-même

 

 

    Créait l’illusion d’un second oeil

    Tendre

    Et insondable (…)

 

   

7 mars, 2012 à 21:51 | Commentaires (3) | Permalien


coquelicots

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Voyages en train – Voix retrouvées

 

Comme une tapisserie, une doublure

Sous ma peau se déroule

tout un paysage vivant de prairies de rivières et d’étangs

Fines nervures des racines entre souvenir et présent

 

Est-ce lui qui défile le long des rails sur les talus entraperçus  dans l’aube du voyage?

Pavots

Pavone

Papaveri

Cadaveri

Fleur de l’oubli dans le matin  engourdi qui somnole

Non le pavot à feuilles de velours de l’Odyssée

Ni le pavot ponceau des jardins mais

Anémiés fragiles

Ni mauves ni fleurs sauvages

De pâles pavots couleur lilas

Zébrure double  sur la vitre du train

Cicatrice ancienne au rebord du talus

 

Exsangues

Désincarnés

drapeaux

claquant au vent marin

Finesse de paupière de leurs pétales clos en transparence sur

Mes souvenirs d’enfance

 

Pavot coquelicot dont la soie chiffonnée cloque comme une promesse dans la

Douceur vert tendre du bouton penché sur le bord du talus

Impalpable rêve de chair évanoui dès qu’on l’effleure

 

Ephémère

et banale

fleur sans calice

et
sans calcul

Fleur sans fard
au nom éclatant

Tourmentée par le vent comme un précaire calicot portant inscrits

Les mots pâlis de la mémoire

 

*

 

Sources et
réflexions  :

Odyssée IV-221 – pavot à feuilles velues

La banalité du
mot est-elle garante de son potentiel poétique ? coquelicot :
création populaire onomatopéïque – invention, donc poésie pure d’un mot SANS
racines savantes.

Homophonie :
calicot (tissu de Callicut – bande de tissu portant une inscription) – ceci
fait-il du mot cible le symbole d’une qualité inférieure ?

Ceci serait
relayé par la fleur sans calice : sépales caducs, mauvaise herbe – fleur
sans calcul, banale, familière…

Ponceau : du
paon – nom botanique du pavot – désigne en chimie un colorant rouge vif très
foncé ;

Poppies – autre
traduction au bruit charnel de baisers – lèvres humides : polpa,
pulpe : propos et paroles – puppies, poupées.

 

6 mars, 2012 à 23:16 | Commentaires (2) | Permalien


Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate…

 

 

Dans les déchets de la mémoire fleurissent

Dans les déchets de la mémoire fleurissent

 

 

On pourrait dire que Minotaure était

dans l’enfer de sa solitude

un enfer construit de ses mains

- l’enfer dans sa tête

le labyrinthe de sa tête -

 

8 août, 2010 à 19:58 | Commentaires (0) | Permalien


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