le blog de MARILYNE BERTONCINI

Micromythologie – 9 – Démeter et Koré

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Matriochka au foulard d’aurore ourlé d’or

elle cherche une adresse et tend en souriant

un papier griffonné

 

Sa fille est une princesse russe

jaillie de sa longue robe fleurie

de pavots

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Souple tige d’une tulipe noire

elle se balance sur des chaussures blanches

comme des cothurnes à semelles de liège

 

J’indique de la main l’arrêt qui correspond :

elles descendent à Acropolis

et disparaissent entre les vases

d’oliviers.

 

coquelicot balcon (1)

 

 

 

 

22 septembre, 2016 à 11:37 | Commentaires (0) | Permalien


Combats (Micromythologie – 8)

platane (2)

 

Tout en haut du platane

là où perchent les pies dans le nid du mistral

se battent aussi Lapithes et Centaures

 

Ecoute le crépitement de crécelle des thyrses

le craquements des lances sur les torses cabrés

les noires bouches ouvertes sur le cri silencieux de lointaines batailles

 

Les armures diaprées cèdent aux coups de butoir

et se déchirent en lambeaux veinés de marbre

et de jade.

 

Toute la rage aussi des enfants d’Ouranos

agitant les moignons de mille bras dressés pour la menace

contre le ciel d’un noir livide

 

Et les Sabines qu’on enlève

leurs beaux bustes arqués dans l’effort

leur folle chevelure plus agitée encore que celle de Méduse

 

Par-dessus la mêlée soudain

la couronne tressée de Cybèle , déesse courroucée

et le calme du Tout réabsorbé au profond du mystère.

19 septembre, 2016 à 10:28 | Commentaires (0) | Permalien


INFERNET (micromythologie – 7)

INFERNET

 

Il suffit au poète d’un mot

se détachant sur le fond bleu où se confondent ciel et mer

pour que le réel se double de son étoffe de mythes.

 

Les lettres brûlées de rouille d’INFERNET

sont soudain investies du même pouvoir

que celles inscrites au fronton de l’Enfer de Dante :

 

le vent sur la tôle rongée se met alors à mugir

Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate,

et les cris des mouettes pleurent de l’outre-monde.

18 septembre, 2016 à 6:51 | Commentaires (0) | Permalien


Micromythologie – 6 : Les Grains de Grenade

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J’ai croqué, je crois, trop de grains de grenade :

 

je dialogue en silence avec l’ombre

de morts plus vivants que les ombres

s’agitant au soleil

 

et leur ombre s’ajoute à l’ombre des vivants.

grains de grenade

17 septembre, 2016 à 11:17 | Commentaires (0) | Permalien


Micromythologie – 5

les moires

Les Moires

 

Sur un banc du  jardin d’enfants

muettes ou silencieuses

elles tricotent lentement

 

et leurs yeux marécages

suivent les jeux des chérubins

insouciants du temps

 

sous la frondaison d’or

de l’arbre aux mille écus.

 

16 septembre, 2016 à 8:40 | Commentaires (0) | Permalien


L’OEIL

 DSCN1320(pour Enrico)

 

Mon oeil se mire

à l’intérieur d’un autre Oeil

qui le contient et l’éclaire

 

Mon oeil regarde le monde

de l’intérieur d’un Oeil

qui le regarde et lui donne

sa forme d’oeil

.

Dans le globe de l’Oeil

le monde se reflète en ses courbes convexes

.

Le paysage se détache en pelures d’oignon

dont les écailles touchent comme ailes de papillon

notre oeil abouché dans la triple épaisseur de la vitre du train

 

Mon oeil de l’intérieur boit le monde concave

dans l’Oeil qui appartient à dedans et dehors

 

et des fantômes flottent sur la vitre embuée.

14 septembre, 2016 à 7:21 | Commentaires (0) | Permalien


Micromythologie – 4

DSCN0663

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Un vagabond à longue barbe rousse

doucement écorce le tronc du platane

et lisse le liège clair

dans le soir qui s’étend

 

Qui cherche-t-il sous la mue colorée?

 

A ses pieds l’ombre s’allonge

et touche du museau

l’or qui frémit encore

au creux des mains de l’arbre.

 

3 septembre, 2016 à 7:43 | Commentaires (0) | Permalien


CLEROMANCIE (micromythologie – 3)

 

 

DesktopEssaim d’abeilles la bassine bourdonne

d’une lave odorante

 

Son parfum t’enveloppe d’un châle d’or

La buée sur la vitre trace des gribouillis

et la gelée se prend dans le secret des pots

 

Dans la coupe d’osier trois guêpes enivrées

lisent l’oracle écrit en pointillés de rouille

sur la blondeur des prunes

 

De l’attache du pédoncule sourd

une goutte d’ambre.

 

2 septembre, 2016 à 6:29 | Commentaires (0) | Permalien


Micromythologie (2)

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Cartable sur le dos

il traverse en courant la place

où l’ombre de la palme

s’attache à sa cheville

 

Perché sur l’antenne du toit

un pâle croissant de lune

se dilue et sourit.

1 septembre, 2016 à 10:40 | Commentaires (0) | Permalien


Scène de Plage (micromythologie – 1)

 

 

Niki de Saint-Phalle

Niki de Saint-Phalle, Nana au Grand Palais

 

Le soleil feule comme un léopard

pour la dame aux tétons roses

sur les galets gris de la plage

 

Sa peau brune de terre cuite luit

si belle

sur ses rondeurs primordiales

 

Ses yeux mi-clos ensilent

une semaille d’étoiles

dans le ciel à l’envers

30 août, 2016 à 18:45 | Commentaires (0) | Permalien


coin de bureau, petit matin

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écrire dans la pénombre poudrée du petit matin…

23 août, 2016 à 9:02 | Commentaires (0) | Permalien


The Underside of the Riviera sur Mediterranean Poetry

mediterranean poetryThe Underside of the Riviera
 
A sooty morning flickers behind the window,
under the mist embroidered by the tangled breaths
in the metallic belly of the train.
Crumpled bodies are folded on the seats under the vulture wings
of an unfolded newspaper.
The platform is rustling with mixed languages,
and the panting of the train, the squeak and stink of the brakes,
the snort of the cars, and shrill of the rails.
A silent bird is soaring very high – No one sees it but me.
A geostationnary satellit twinkles like a star.
The light on the platform down here
jigsaws the knife-blade profiles of the palms
and the morning glow barely hems the pass of Villefranche.
 
In Monaco, the train slowly vomits –
empties its paunch under
the gloomy neon light of the tunnel,
where the bitter light of the daybreak
drills like an eye.

A tiny range of blue-grey clouds on the skyline,
where the ruddle-rose morning oozes in the sky,
is streaked by a geometrical flight.
Then the rows of buildings
and the cranes before the station
swallow the sky.
 
Turning back,
facing the sunset, blink your eyes
and keep on the weary retina only bars
of fire
instead of the rollers.

22 août, 2016 à 10:18 | Commentaires (0) | Permalien


Les Yeux clos

Ferme les yeux, puis presse l’index sur tes paupières pour créer l’indispensable brasillement de mimosa d’arrière-plan.

Patience : attends l’éclaboussure stellaire, l’éclatement de nova, au creux du noir des yeux rouverts sur l’espace intérieur.

Ensuite, imagine un anneau, un très grand anneau de fer ou d’acier – très grand – pas trop! – qui tourne en miroir de lui-même et s’enroule, et que tu parcours, les yeux clos, en marchant à tâtons.IMG_5982

Tu commences à l’intérieur du métal froid, que tu sens sous tes doigts – tu perçois même la saveur de fer sidéral tandis que tu marches sur le ruban. Tu avances, pas à pas, et te retrouves plongé dans l’éclaboussement parfumé du mimosa de ton enfance – tes doigts égrènent la pelucheuse constellation de l’acacia dealbata qui te caresse aussi les joues et prononce à tes lèvres les mots muets du souvenir…

Tu continues d’avancer le long du ruban qui tourne sur lui-même, et hop, le métal glacé de la vie retourne bruissant comme une vague, tu continues…

Te voici pris dans le mouvement perpétuel de l’anneau d’éternité qui se trouve, dans mon musée imaginaire, sous le nom de Chilida.

19 août, 2016 à 9:48 | Commentaires (0) | Permalien


Minute de silence

 

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Au canon de midi

la radio a cessé

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La brise marine même a retenu son souffle

Tout s’est tu

La circulation doucement étouffée

s’éteint

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Par la fenêtre ouverte m’enveloppe

comme un drap tiède le silence

qui retombe

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Puis un scooter au loin

le vent qui bat de l’aile

et la vie qui reprend.

18 juillet, 2016 à 12:27 | Commentaires (0) | Permalien


Pas d’oiseaux ce matin…

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Pas d’oiseaux, ce matin.

Il fait trop chaud, dis-tu :

Les oiseaux, comme nous,

s’en vont vers les collines

quand la ville surchauffe.

 

Pas d’oiseaux, ce matin.

Les sirènes sans cesse…

Les oiseaux, comme nous,

pleurent l’espèce humaine,

la folie et la haine.

 

Plus d’oiseaux ce matin -

le ciel est vide

et tremble

en attendant demain…

 

17 juillet, 2016 à 10:13 | Commentaires (0) | Permalien


14 juillet 2016 – attentat de Nice… goût de cendres…

Doménikos Theotokópoulos (El Greco), Pietà, c. 1587-97

Doménikos Theotokópoulos (El Greco), Pietà, c. 1587-97

 

Agrippa d’Aubigné déplorant, dans Les Tragiques,  les déchirements de la France pendant les guerres de religion : à lire comme un appel à l’union des hommes de bonne volonté face à la barbarie qui nous atteint :

Je veux peindre la France une mère affligée,
Qui est, entre ses bras, de deux enfants chargée.
Le plus fort, orgueilleux, empoigne les deux bouts
Des tétins nourriciers ; puis, à force de coups
D’ongles, de poings, de pieds, il brise le partage
Dont nature donnait à son besson l’usage ;
Ce voleur acharné, cet Esaü malheureux,
Fait dégât du doux lait qui doit nourrir les deux,
Si que, pour arracher à son frère la vie,
Il méprise la sienne et n’en a plus d’envie.
Mais son Jacob, pressé d’avoir jeûné meshui,
Ayant dompté longtemps en son cœur son ennui,
À la fin se défend, et sa juste colère
Rend à l’autre un combat dont le champ et la mère.
Ni les soupirs ardents, les pitoyables cris,
Ni les pleurs réchauffés ne calment leurs esprits ;
Mais leur rage les guide et leur poison les trouble,
Si bien que leur courroux par leurs coups se redouble.
Leur conflit se rallume et fait si furieux
Que d’un gauche malheur ils se crèvent les yeux.
Cette femme éplorée, en sa douleur plus forte,
Succombe à la douleur, mi-vivante, mi-morte ;
Elle voit les mutins tout déchirés, sanglants,
Qui, ainsi que du cœur, des mains se vont cherchant.
Quand, pressant à son sein d’une amour maternelle
Celui qui a le droit et la juste querelle,
Elle veut le sauver, l’autre qui n’est pas las
Viole en poursuivant l’asile de ses bras.
Adonc se perd le lait, le suc de sa poitrine ;
Puis, aux derniers abois de sa proche ruine,
Elle dit : « Vous avez, félons, ensanglanté
Le sein qui vous nourrit et qui vous a porté ;
Or vivez de venin, sanglante géniture,
Je n’ai plus que du sang pour votre nourriture !

Agrippa d’Aubigné, Les Tragiques, I, Misères, v.97-130.

15 juillet, 2016 à 11:17 | Commentaires (0) | Permalien


Qui pleure les oiseaux morts

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Qui pleure les oiseaux morts

sur le bord de la route ?

 

Quelques plumes qui volent

s’accrochent aux buissons

comme des fleurs de vent.

 

Le frêle corps sans vie

palpite étrangement

 

mais le cou est tordu

et du bec entrouvert

des vers tôt sortiront

 

Qui pleure ces oiseaux morts

sur le bord de nos routes ?

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IMGP3266

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5 juillet, 2016 à 10:31 | Commentaires (0) | Permalien


The Rooflet and Other Poems

double dialogue

merci à Dominique Hecq pour cette publication dans le numéro 18 de la revue, intitulé « LIGHTING OUR DARKNESS »,

à lire ici :

http://www.doubledialogues.com/article/the-rooflet/

29 juin, 2016 à 17:49 | Commentaires (0) | Permalien


PAESINE, tableau-poème avec Ghislaine LEJARD

paesine

27 juin, 2016 à 18:15 | Commentaires (0) | Permalien


Les Oyats

oyats

 

Le sable crisse sous les pas

volète entre les oyats

 

et les oyats meuvent

avec un bruit de cistres

leur lent drapé de houle rousse

 

Les racines creusent la dune

labourent la cendre du sable

et sourdement labyrinthent

 

tressant leurs longs doigts blêmes

autour du coeur de la matière

au creux noir de la parole

 

Les mots remontent de la mémoire

et cristallisent comme le sel

au pied de cendre des oyats.

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26 juin, 2016 à 18:35 | Commentaires (0) | Permalien


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