le blog de MARILYNE BERTONCINI

Aigu Silence de Midi

Je ne puis résister au plaisir de vous montrer l’un des poèmes de « Paysages Intérieurs », traduits en hébreu par la poète Gili Haimovitch,

 

OLYMPUS DIGITAL CAMERA Aigu silence de midi

 

Ton corps

coquille vide

repose sur la plage

stridente et vierge

 

Ton ombre a fui

Même l’abri de tes paupières

n’est plus qu’une éclatante absence.

Aigu silence

עכשיו – בדממה האנושה של הלבנה

גופך

   צדפה ריקה

               נח על גדה

                    רועמת וזכה

 

צילך נמלט

       ומקלט שמורות עינך

                  נחתם על העדר זוהר

 

25 janvier, 2016 à 20:45 | Commentaires (0) | Permalien


Rencontres avec l’Homme Invisible

1 A l'homme invisible marilyne BertonciniLa première fois que je me suis aperçue de son existence, c’était à cause de ses baskets. Elles étaient là, devant l’église – toutes seules. Enfin, accompagnées d’un petit écriteau signalant sa présence. Et vu la toute petite obole qui l’accompagnait, je pense que nous n’étions pas nombreux à avoir remarqué, dans la foule de l’après-midi, le minuscule autel aux chaussures solitaires.

J’ai d’abord souri, puis me suis interrogée, quand au hasard d’une promenade, je l’ai rencontré de nouveau. Enfin, ses baskets, plantées là, sur un seuil – accompagnées d’une canette vide. Des chaussures vides aussi – évidemment.A l'homme invisible Marilyne Bertoncini (2)

Et j’ai pensé à toutes les chaussures esseulées, abandonnées, inexplicablement dépareillées. Semelle veuves de l’empeigne, au détour d’un chemin… pantoufle couverte de mousse, au fond d’un parc abandonné… et même, sur un marché, parmi de vieux cuivres et des casques, la prothèse cuir et bois d’un mutilé de guerre.

Et j’ai pensé à toutes les traces de pas laissées par l’homme invisible : traces subtiles dans la poussière grise des villes, foulée légère du marcheur dans l’herbe humide du matin, empreinte du pêcheur dans la boue de la rive, ou marque lourde du manoeuvre dans la glaise du chantier…

L'homme invisible - Marilyne Bertoncini (2)Et j’ai pensé à tous les hommes invisibles, ces fantômes de nos vies présentes et passées, ces ombres claires qui nous frôlent sans qu’on les voie, nous touchant de l’ombre de leur main, à travers le mur qu’ils ont bâti, le pain qu’ils ont pétri, le vêtement que j’ai mis…

Qui nous frôlent sans voix, dans le silence obstiné de leurs pas déchaussés – sans papier, sans abri, dans le déni et la survie…

J’ai pensé à toute l’humanité invisible qui nous entoure – trimards, fuyards, réfugiés, déclassés, exploités : les chaussures de l’homme invisible sont les chaussures d’un homme pauvre.

Peut-être, alors, peut-être sont-elles là pour nous rappeler que ces fantômes qu’on ignore vibrent, aiment, souffrent leur vie, en creux, dans le monde où nous marchons sans savoir qu’on les côtoie, frères inapparents que manifestent ces reliques.

L'Homme invisible - marilyne Bertoncini

 

13 janvier, 2016 à 20:19 | Commentaires (0) | Permalien


extrait des « Lettres d’Eurydice » (lettre 4.) avec un burin de Dominique Crognier

© Dominique Crognier

© Dominique Crognier

 

 

 

C’est le soir

l’ombre est un buvard

pour tes mots

mes beaux absents

25 mars, 2015 à 9:13 | Commentaires (0) | Permalien


Fantômes d’E.(rydice) – extrait d’un travail en cours

décembre ciel  (20)&

Avant la vapeur d’or

sur les collines

le liseré d’émeraude

à l’aube de la mer

un instant je

ferme les yeux

et

tu

es

frémissant derrière mes paupières

battement d’oiseau à la jugulaire

haleine tiède sur le gris

de la pluie

 

mon compagnon de cendre

18 janvier, 2015 à 15:45 | Commentaires (0) | Permalien


Haïku du Vide

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Tes pas entre les pointillés      Les vides

                    te comblent de sensations

petites bulles effervescentes de

                                     non-existence

dont tu avales le doux-amer

                                  en les nommant.

10 décembre, 2014 à 10:49 | Commentaires (0) | Permalien


La Rose du Brouillard

 brouillard (1)

*

Elle a flétri la rose            Die Niemands Rose.

Premier jour de brouillard

                            premier jour de l’automne

et la brumeuse absence de lointaines collines.

*

(Les mots en italiques appartiennent à Paul Celan)

6 décembre, 2014 à 15:07 | Commentaires (0) | Permalien


Comètes Noyées

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Nasses bleues des comètes

noyées aux longs cheveux

où les pensées se prennent

*

Eclats de souvenirs dissous

J’ai tatoué au coeur

ce fragment de mémoire

30 novembre, 2014 à 12:41 | Commentaires (0) | Permalien


Ecrire

DSCN1760 

De l’absence sans lieu

d’au-delà des déserts

de par-delà les mers où le temps ne s’écoule

suivant les obscures blessures de la page vierge

cherche, incis, l’élément secret

que sinueusement trace

la lettre

avec lenteur

à travers ses détours

dans le flot de l’imaginaire

et ses remous

comme une houle

De l’autre rive du souvenir

écoute

en l’oblitération

oblique réson affaibli

la pensée effacée

l’altération même de

l’imaginaire

qui s’y soumet

L’Oubli

pur

en dehors du temps

en-deça du souvenir

Oblat sacré qu’expose l’ostensoir

Vérité absente

soleil

sans

iris

DSCN1766

29 novembre, 2014 à 6:55 | Commentaires (0) | Permalien


L’Ombre

ce soir les oreilles des arbres...

 

Du fond du puits croît l’ombre

sans mémoire

l’ombre des yeux fermés

paupières verrouillées

une absence

totale

27 novembre, 2014 à 18:08 | Commentaires (1) | Permalien


Aigu Silence de Midi avec un burin chine collé de Dominique Crognier

 

 

Aigu silence de midi      burin chiné-collé de Dominique Crognier

 

Ton corps

coquille vide

repose sur la plage

stridente et vierge

 

Ton ombre a fui

 

Même l’abri de tes paupières

n’est plus qu’une éclatante absence.

20 novembre, 2014 à 19:19 | Commentaires (2) | Permalien


Paysages Intérieurs, à lire dans Le Capital des Mots, d’Eric Dubois

blausasc septembre (40)

Cliquer sur le lien :

 

http://www.le-capital-des-mots.fr/2014/11/le-capital-des-mots-marilyne-bertoncini-4.html

16 novembre, 2014 à 20:56 | Commentaires (0) | Permalien


Les Noms d’Isis (extrait)

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Hiératique et obscure détentrice du Nom Secret

Iris lancéolé

Iridescente Isis

grave

fleur

de poésie

 

enclose au coeur de la parole

réfrangible cristal

du souvenir

 

*

 

Azur ou safran

métalescente soie

mince et flexible flamme

palpitante et fugace

 

aigue-vive

tu

t’élances

sur le fléau

du

vide

 

et dans l’instant

Tout

disparaît

 

miroitant et spectral souvenir de la page

 

 

4 novembre, 2014 à 16:42 | Commentaires (2) | Permalien