le blog de MARILYNE BERTONCINI

Poème de Luigia Sorrentino

saint andré des alpes sur la route (68) - Copie

 

en forme d’écu l’aile
qui presse de chaque côté vers l’extérieur
de quelques millimètres dans cette vertèbre
elle cherche une cavité à sa marge
revient le geste qui oppresse
à couper le souffle
flambe comme des ciseaux -
s’étend en produisant la nécessaire
vibration
mais par la taille ne diminue
la peine survenue,
l’être ici au beau milieu
comme granule
infiniment ou poussière
confusément, au froid

(trad. Marilyne Bertoncini)

.

*

.

ha la forma di uno scudo l’ala
che si spinge esternamente su ciascun
lato a millimetri, in quella vertebra
cerca un incavo al suo margine

ricorrente il gesto che stringe
fino a togliere il respiro

divampa come una forbice
si stende producendo la necessaria
vibrazione

ma di taglio non si riduce
la pena nella venuta,
lo stare qui in mezzo
come granello
infinitamente o pulviscolo
confusamente, al freddo

.

.

.

*

26 janvier, 2017 à 17:58 | Commentaires (0) | Permalien


Philémon et Baucis au jardin de Saorge (micromythologie, 15)

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.

Dans le verger du monastère

un cerisier au tronc tordu verse l’asile de son ombre.

Regarde-le

 

sous l’écorce noircie

deux corps

amoureusement s’étreignent de peur

de se perdre.

.

25 octobre, 2016 à 22:44 | Commentaires (2) | Permalien


Hespérides du Tram (Micromythologie – 13)

Desktop9

Elles n’ont même pas vingt ans

Elles vivent dans le printemps même quand l’automne haute-couture

met des chasubles de damas aux arbres roux de l’avenue

 

et elles rient et se chahutent :

elles sont libres

Combien de temps?

 

Les mariages arrangés,

retour au bled pour des vacances -

Tu te rends compte, hop dans l’avion, et mariée !

et les costumes chamarrés – tu les mettrais toi?

 

Tout les fait rire

Combien de temps?

 

Elles parlent des garçons

et textotent du bout de doigts gracieux comme

le bouton des roses miniatures

à la vitrine du fleuriste

 

C’est bon d’écouter la jeunesse

me dit aussi une voisine

 

Plus loin, debout contre la vitre

sur laquelle elle flotte en son reflet nocturne

une autre jeune femme seule et chargée de sacs

 

Dans le triangle découvert du voile noir qui la recouvre

ses yeux tristes suivent sans voir

les arbres qui défilent dans l’outre-monde du vitrage.

1 octobre, 2016 à 9:15 | Commentaires (0) | Permalien


Il Ramo d’Oro ( Micromythologie – 11)

.

In questi pensosi boschi

vivono ancor’i morti

come leggende

 

Li puoi sentire sussurare

nel nero canto degli uccelli

 

pour rameau d'or

 

Freme la loro pelle ove calpesti

il morbido muschio

e le loro gracili membra si rompono

coi rami secchi.

 

Sotto la palpebra del cielo

il lago cela quel segreto :

i morti senza memoria

sono il bosco che ti circonda.

.

Dans ces bois pensifs

vivent encore les morts

comme légendes

 

Tu les entends chuchoter

dans le chant noir des oiseaux

 

Leur peau frémit sous la mousse

que tu foules

et leurs membres graciles cassent

avec les rameaux secs

 

Sous la paupière du ciel

le lac cache ce secret :

les morts sans mémoire

sont le bois qui t’entoure.

.

.

28 septembre, 2016 à 9:47 | Commentaires (0) | Permalien


Micromythologie – 9 – Démeter et Koré

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Matriochka au foulard d’aurore ourlé d’or

elle cherche une adresse et tend en souriant

un papier griffonné

 

Sa fille est une princesse russe

jaillie de sa longue robe fleurie

de pavots

.

Souple tige d’une tulipe noire

elle se balance sur des chaussures blanches

comme des cothurnes à semelles de liège

 

J’indique de la main l’arrêt qui correspond :

elles descendent à Acropolis

et disparaissent entre les vases

d’oliviers.

 

coquelicot balcon (1)

 

 

 

 

22 septembre, 2016 à 11:37 | Commentaires (0) | Permalien


Combats (Micromythologie – 8)

platane (2)

 

Tout en haut du platane

là où perchent les pies dans le nid du mistral

se battent aussi Lapithes et Centaures

 

Ecoute le crépitement de crécelle des thyrses

le craquements des lances sur les torses cabrés

les noires bouches ouvertes sur le cri silencieux de lointaines batailles

 

Les armures diaprées cèdent aux coups de butoir

et se déchirent en lambeaux veinés de marbre

et de jade.

 

Toute la rage aussi des enfants d’Ouranos

agitant les moignons de mille bras dressés pour la menace

contre le ciel d’un noir livide

 

Et les Sabines qu’on enlève

leurs beaux bustes arqués dans l’effort

leur folle chevelure plus agitée encore que celle de Méduse

 

Par-dessus la mêlée soudain

la couronne tressée de Cybèle , déesse courroucée

et le calme du Tout réabsorbé au profond du mystère.

19 septembre, 2016 à 10:28 | Commentaires (0) | Permalien


L’OEIL

 DSCN1320(pour Enrico)

 

Mon oeil se mire

à l’intérieur d’un autre Oeil

qui le contient et l’éclaire

 

Mon oeil regarde le monde

de l’intérieur d’un Oeil

qui le regarde et lui donne

sa forme d’oeil

.

Dans le globe de l’Oeil

le monde se reflète en ses courbes convexes

.

Le paysage se détache en pelures d’oignon

dont les écailles touchent comme ailes de papillon

notre oeil abouché dans la triple épaisseur de la vitre du train

 

Mon oeil de l’intérieur boit le monde concave

dans l’Oeil qui appartient à dedans et dehors

 

et des fantômes flottent sur la vitre embuée.

14 septembre, 2016 à 7:21 | Commentaires (0) | Permalien


Scène de Plage (micromythologie – 1)

 

 

Niki de Saint-Phalle

Niki de Saint-Phalle, Nana au Grand Palais

 

Le soleil feule comme un léopard

pour la dame aux tétons roses

sur les galets gris de la plage

 

Sa peau brune de terre cuite luit

si belle

sur ses rondeurs primordiales

 

Ses yeux mi-clos ensilent

une semaille d’étoiles

dans le ciel à l’envers

30 août, 2016 à 18:45 | Commentaires (0) | Permalien


Qui pleure les oiseaux morts

.

Qui pleure les oiseaux morts

sur le bord de la route ?

 

Quelques plumes qui volent

s’accrochent aux buissons

comme des fleurs de vent.

 

Le frêle corps sans vie

palpite étrangement

 

mais le cou est tordu

et du bec entrouvert

des vers tôt sortiront

 

Qui pleure ces oiseaux morts

sur le bord de nos routes ?

.

IMGP3266

.


5 juillet, 2016 à 10:31 | Commentaires (0) | Permalien


La Dent

blausasc septembre (28)

Je me brosse les dents – l’une de mes incisives est marquée d’une tache noire, évidente, très gênante.

Regardée plus attentivement, la vilaine tâche s’avère être une perforation. Je n’aime pas les dentistes – il faudra pourtant que j’y aille !

Mais alors que j’observe, fascinée, cette improbable dent « gâtée », je m’aperçois qu’à travers elle, j’entrevois un jardin. Ma dent est une fenêtre ! Le paysage, de l’autre côté, s’étend, immense, et dans la grotte de ma bouche, je découvre que j’abrite des plaines, des forêts, des jardins fleuris miroitant au crépuscule – et je rêve d’y pénétrer.

16 mai, 2016 à 13:37 | Commentaires (0) | Permalien


Ma tête est soudée – illustration de Pierre Rosin

bertonpoil

 

Ma tête est soudée à l’intérieur de la tienne

et ta tête repose dans la mienne

la vulnérable paroi de mon crâne

butant contre ta fontanelle

 

Tes yeux voient à travers les miens

nos bouches se superposent

tes pensées me traversent

comme un fleuve électrique

 

Tu rêve mon retour

dans le creux de mon rêve

et notre rêve s’évapore

dans la salive du matin

*

19 février, 2016 à 18:29 | Commentaires (0) | Permalien


Lettre d’E.(urydice)

les araignées de la mémoire (1)

C’est le soir

l’ombre est un buvard

pour tes mots

mes beaux absents

 

Les mots ne t’appartiennent pas

ils traversent les coeurs

poreux

s’écoulent s’épanchent le long

des artères

fleurissent au bout de la langue

puis s’évaporent dans l’espace

avec la houle des marées

l’amère caresse

des vagues

 

J’écris d’un autre temps

d’un autre lieu

les mots traversent mon présent

et m’enveloppent de leur soie

 

L’araignée du souvenir tisse la langue.

4 février, 2016 à 12:03 | Commentaires (0) | Permalien


Rencontres avec l’Homme Invisible

1 A l'homme invisible marilyne BertonciniLa première fois que je me suis aperçue de son existence, c’était à cause de ses baskets. Elles étaient là, devant l’église – toutes seules. Enfin, accompagnées d’un petit écriteau signalant sa présence. Et vu la toute petite obole qui l’accompagnait, je pense que nous n’étions pas nombreux à avoir remarqué, dans la foule de l’après-midi, le minuscule autel aux chaussures solitaires.

J’ai d’abord souri, puis me suis interrogée, quand au hasard d’une promenade, je l’ai rencontré de nouveau. Enfin, ses baskets, plantées là, sur un seuil – accompagnées d’une canette vide. Des chaussures vides aussi – évidemment.A l'homme invisible Marilyne Bertoncini (2)

Et j’ai pensé à toutes les chaussures esseulées, abandonnées, inexplicablement dépareillées. Semelle veuves de l’empeigne, au détour d’un chemin… pantoufle couverte de mousse, au fond d’un parc abandonné… et même, sur un marché, parmi de vieux cuivres et des casques, la prothèse cuir et bois d’un mutilé de guerre.

Et j’ai pensé à toutes les traces de pas laissées par l’homme invisible : traces subtiles dans la poussière grise des villes, foulée légère du marcheur dans l’herbe humide du matin, empreinte du pêcheur dans la boue de la rive, ou marque lourde du manoeuvre dans la glaise du chantier…

L'homme invisible - Marilyne Bertoncini (2)Et j’ai pensé à tous les hommes invisibles, ces fantômes de nos vies présentes et passées, ces ombres claires qui nous frôlent sans qu’on les voie, nous touchant de l’ombre de leur main, à travers le mur qu’ils ont bâti, le pain qu’ils ont pétri, le vêtement que j’ai mis…

Qui nous frôlent sans voix, dans le silence obstiné de leurs pas déchaussés – sans papier, sans abri, dans le déni et la survie…

J’ai pensé à toute l’humanité invisible qui nous entoure – trimards, fuyards, réfugiés, déclassés, exploités : les chaussures de l’homme invisible sont les chaussures d’un homme pauvre.

Peut-être, alors, peut-être sont-elles là pour nous rappeler que ces fantômes qu’on ignore vibrent, aiment, souffrent leur vie, en creux, dans le monde où nous marchons sans savoir qu’on les côtoie, frères inapparents que manifestent ces reliques.

L'Homme invisible - marilyne Bertoncini

 

13 janvier, 2016 à 20:19 | Commentaires (0) | Permalien


Deux Burins de Dominique Crognier … et leur légende :

Cadeau trouvé ce matin, dans ma boîte aux lettres – les voici accompagnés des poèmes qu’ils m’ont inspirés :

 

dominique crognier burin 1b

 

 

Ariane s’en fût,

tirant le fil de l’ombre :

Pelote obscure ouvrant,

au flanc du labyrinthe,

Le vertige d’un seuil

à la lumière noire.

 

 

 

*

 

dominique crognier burin 2bis

 

 

Quelle plume mime un oiseau

sur le carreau de la nappe

Le soir tombe et la carafe

a des regrets de rubis

A son flanc qui s’obscurcit.

 

4 décembre, 2015 à 17:06 | Commentaires (0) | Permalien


Aeonde (extrait)

 Olivier - Roquebruneolivier - Roquebrune

Au jardin des repentirs flotte de l’aubépine

le parfum

corrompu

 

Une blanche chevêche en son vol silencieux

traverse le ciel

noir

 

et son plaintif appel

est sans écho

 

Le cerisier décapité

dresse son cou

sanglant

sous l’impassible lune

 

Le rouvre décharné est le corps de Marsyas

supplicié

un oiseau familier perché sur son épaule

où le sang a caillé

 

 

*

Tout le jardin n’est qu’un gibet

où s’agite et se tord

une humaine douleur.

Olivier - Roquebrune

(l’intégralité à lire sur Recours au Poème : http://www.recoursaupoeme.fr/marilyne-bertoncini/aeonde )

 

18 novembre, 2015 à 18:41 | Commentaires (0) | Permalien


Dériver

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Lente dérive dans les courants

comme morte épave douce

engloutie aspirée

tourbillonnant éparpillée

mais sans

douleur

 

Et la lumière

O – la lumière

 

Tornades d’algues brunes

courants profonds où se délite

avec lenteur le corps

sans poids sans

direction

 

L’eau douce encore

et la lumière

 

Epave-éponge

 

Et le son d’orgue des tempêtes

24 juin, 2015 à 7:17 | Commentaires (1) | Permalien


Haïku de l’eau

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L’eau est la peau de l’océan

Elle caresse les bateaux

et les poissons cachés

tout comme mes pensées.

11 mai, 2015 à 12:00 | Commentaires (0) | Permalien


Le Voyage Secret des Forêts (extrait 2)

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La dentelle des branches blêmes

s’éloigne dans la brume

nervures de mes nerfs

filaments de mémoire

 

Les arbres dansent vers

le rêveur horizon

voyageuse forêt de sable

du sommeil.

7 mai, 2015 à 8:02 | Commentaires (0) | Permalien


A Quatre Mains : La Rouille du Temps, avec Bérénice Mollet

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J’explose – expose – pose

un point de suture

aux rayons d’ostensoir – à l’écru de la toile

 

Surgissent

flammèches embrasées –

des langues de fil aux lèvres ressoudées

d’autres oeuvres de Bérénice sur son blog : http://berenicem.over-blog.com/

5 mai, 2015 à 21:49 | Commentaires (0) | Permalien


Voyage Secret des Forêts (extrait)

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Brume de fantômes

couleur de leurs racines

neige sur neige des souvenirs

- les arbres se libèrent

4 mai, 2015 à 7:07 | Commentaires (0) | Permalien


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