le blog de MARILYNE BERTONCINI

INFERNET (micromythologie – 7)

INFERNET

 

Il suffit au poète d’un mot

se détachant sur le fond bleu où se confondent ciel et mer

pour que le réel se double de son étoffe de mythes.

 

Les lettres brûlées de rouille d’INFERNET

sont soudain investies du même pouvoir

que celles inscrites au fronton de l’Enfer de Dante :

 

le vent sur la tôle rongée se met alors à mugir

Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate,

et les cris des mouettes pleurent de l’outre-monde.

18 septembre, 2016 à 6:51 | Commentaires (0) | Permalien


Micromythologie – 6 : Les Grains de Grenade

.

J’ai croqué, je crois, trop de grains de grenade :

 

je dialogue en silence avec l’ombre

de morts plus vivants que les ombres

s’agitant au soleil

 

et leur ombre s’ajoute à l’ombre des vivants.

grains de grenade

17 septembre, 2016 à 11:17 | Commentaires (0) | Permalien


Viole di Marzo

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Une tendre constellation flotte bras ouvert

sur le cristal de l’eau

toute piquetée des bulles

qui tremblent dans le verre d’où monte

le sucre du parfum couleur de terre

et d’améthyste

 

Leurs bouches acidulées de safran

parlent la langue du souvenir

oramai smorzate mammole di Parma

tra le pagine del libro richiuso

poi dimenticato

 

Déjà sur le talus

près des mousses ce matin

elles imprègnaient la cire de mon âme

de leur mélancolie douce et

violante

 

O comme un philtre magique

j’aimerais boire de cette eau

où trempent aussi deux tiges

de muscaris

Peut-être ouvrirait-elle la porte de la mémoire

 

J’imagine Eurydice couronnée de pensées

cheminant dessous les prés

s’abreuvant aux fleuves souterrains

où flottent comme ces étoiles les souvenirs des vivants.

 

3 mars, 2016 à 16:49 | Commentaires (0) | Permalien


Le Chemin des Mots

Turini (102) - Copie

 

Le chemin s’éboule

dans l’outre-monde des paroles

Chaque pas soulève une poussière

d’or éteint qui tremble dans l’absence de lumière

 

bourdonnantes mouches grises

les mots sont un essaim en quête d’une reine

 

Ta tête est une ruche que grisent les mots d’or gris

 

des paillettes de mots dans le lit des grands fleuves

que traversent les morts lents et phosphorescents

tout un sable de mots que soulèvent tes pas

dans un chuchotement de vieilles feuilles mortes

au couchant

 

Orient espéré à l’issue du chemin

Orion Ariane ma soeur La Très Sacrée

tes pas tracent les mots dans ta danse secrète

dans l’outre-monde des paroles

dans le silence des choses

somnolentes

 

Le chemin qui s’éboule monte vers la lumière.

5 février, 2016 à 12:08 | Commentaires (0) | Permalien


Lettre d’E.(urydice)

les araignées de la mémoire (1)

C’est le soir

l’ombre est un buvard

pour tes mots

mes beaux absents

 

Les mots ne t’appartiennent pas

ils traversent les coeurs

poreux

s’écoulent s’épanchent le long

des artères

fleurissent au bout de la langue

puis s’évaporent dans l’espace

avec la houle des marées

l’amère caresse

des vagues

 

J’écris d’un autre temps

d’un autre lieu

les mots traversent mon présent

et m’enveloppent de leur soie

 

L’araignée du souvenir tisse la langue.

4 février, 2016 à 12:03 | Commentaires (0) | Permalien


Borders and boundaries – Subprimal Poetry, Art – issue 5

Subprimal Poetry Art-Issue 5 -

En couverture du numéro de la revue Subprimal, consacré aux frontières et limites, à lire en copiant le lien :

http://subprimal.com/issues/issue5

Cette photo a été prise par un matin piquant de froid – pas encore printanier – le long d’une étroite gorge de marne.
La lumière grise, l’argile cendreuse, le silence – tout évoquait une sorte de seuil – comme le passage que les Anciens imaginaient entre notre monde et les régions infernales.
Dressé là – reste d’une antique clôture, attirant et mystérieux – ouvrant sur rien d’autre que l’ombre – des ombres, émergeant lentement de la terre froide,  par cet escalier inverse, en attente de quelque Eurydice.

(Marilyne Bertoncini)

 

16 novembre, 2015 à 19:27 | Commentaires (0) | Permalien


Palmyre

 

Murailles de Palmyre

Princes de Trébizonde

Roi morts

que l’enfer du souvenir

rappelle encore

cinq avec cinq(2)

17 mai, 2015 à 20:45 | Commentaires (0) | Permalien


Le Grain de Grenade

fort de la revère 004

J’ai croqué le grain de grenade

le feu humide de la pulpe

sur l’amertume du pépin

dans le crépuscule-matin

.

et l’oiseau cessa de chanter

15 mai, 2015 à 7:29 | Commentaires (0) | Permalien


Les Antipodes (extrait d’Enfances – en cours)

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Les Antipodes

 

Te souviens-tu -

la cour de la maison et son étroite plate-bande aux grosses têtes roses et bleues – les rhododendrons. Velours sourd contre le mur de briques noires.

On habitait rue Blanche. Dans un angle de la cour, la tête de loup. Elle chassait les araignées – impossible de savoir si quelques unes encore s’y trouvaient. On frissonnait de doux effroi.

Sous la terre noire des rhododendrons, nous creusions, dans l’espoir d’atteindre les antipodes. En cachette. Chemin de fuite pour enfants rêveurs, enfermés entre quatre murs d’une courette où des toilettes aux portes vertes exhalaient une haleine d’enfer.

Qui le premier craignit, ainsi creusant, de croiser quelque mort errant sous la rue Blanche?

4 avril, 2015 à 8:54 | Commentaires (0) | Permalien


Première Lettre d’E.(rydice) – dans « Le Capital des Mots »

Lentement remontés le long de la sève

ses mots de l’infra-monde palpitent

aux feuilles-lèvres du platane

 

Ebouriffés par le vol des agaces

ils essaiment comme les graines

des rousses akènes mûries (…)

 

la suite ici, sur Le Capital des Mots : http://www.le-capital-des-mots.fr/2015/02/le-capital-des-mots-marilyne-bertoncini.html

9 février, 2015 à 13:20 | Commentaires (0) | Permalien


Haïku des Magnolias

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Aube de frissons gris

 

Les magnolias alignent des perles de corail

 

Au fond de quelle nuit brûlent leurs fruits de feu?

2 décembre, 2014 à 8:57 | Commentaires (0) | Permalien


AEONDE (extraits)

 (cliquer sur les photos pour dérouler le diaporama)

 

Aeonde

 

 

                                   I choose a mournful Muse

 

 

 

 

Au jardin, une grive draine frotte  du bec les écailles de la grille

La bruine a brûlé les parterres

Des fantômes en pleurs  secouent leurs bras

 

Eprise de reflets l’eau givre comme le tain

Le réel glissant à la surface se greffe au filigrane des futaies endormies

Sous le grésil du vif-argent

 

La voix fixe les images et je franchis

Les confins qu’aux choses assignent les paroles

Le monde spéculaire contient la laitance des étoiles et l’éclat mort  d’anciens désastres

 

De grands blocs de détresse se heurtent en l’indifférent ressac se retirent et s’affrontent

Béliers en combat sans issue froissant leur chair de glace

Dans le grand barattage où fume la tristesse comme une opaque brume

 

Le silence dévore la carcasse de villes

Aux  perspectives nues à la blancheur de crâne sur un autel

Où les gestes insensés de statues dans leurs niches se figent

 

Des âmes en exil enchevêtrent leurs voix au silence des choses

Le jardin s’est couvert d’un pelage de loup

La tempête broie les arbres dans un muet fracas

 

Les allées sont jonchées de mains coupées

 

Enfin s’éteint lentement le murmure et la tête des ombres se couvre

Les ailes repliées Aeonde au jardin pleure

Et mon âme à ses pieds

 

Comètes déclinantes et calcinées

Astres en pluie de suie mâchurant l’horizon

Le ciel en fusion boit l’haleine des charniers

 

 

Au jardin Elle pleure la déréliction d’une foule fantôme

La chaîne que rien ne rachète

La chair couleur de tourbe

 

C’est le Jardin des Repentirs où flotte un parfum d’aubépine

Une chevêche en son vol silencieux traverse le ciel

Le cerisier décapité dresse son cou

 

Un oiseau familier s’est perché sur l’épaule du rouvre décharné

Où le sang a caillé.

 

 

 

 

 

***

29 mars, 2012 à 22:32 | Commentaires (0) | Permalien


Lasciate ogni speranza, voi ch’entrate…

 

 

Dans les déchets de la mémoire fleurissent

Dans les déchets de la mémoire fleurissent

 

 

On pourrait dire que Minotaure était

dans l’enfer de sa solitude

un enfer construit de ses mains

- l’enfer dans sa tête

le labyrinthe de sa tête -

 

8 août, 2010 à 19:58 | Commentaires (0) | Permalien