le blog de MARILYNE BERTONCINI

Hespérides du Tram (Micromythologie – 13)

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Elles n’ont même pas vingt ans

Elles vivent dans le printemps même quand l’automne haute-couture

met des chasubles de damas aux arbres roux de l’avenue

 

et elles rient et se chahutent :

elles sont libres

Combien de temps?

 

Les mariages arrangés,

retour au bled pour des vacances -

Tu te rends compte, hop dans l’avion, et mariée !

et les costumes chamarrés – tu les mettrais toi?

 

Tout les fait rire

Combien de temps?

 

Elles parlent des garçons

et textotent du bout de doigts gracieux comme

le bouton des roses miniatures

à la vitrine du fleuriste

 

C’est bon d’écouter la jeunesse

me dit aussi une voisine

 

Plus loin, debout contre la vitre

sur laquelle elle flotte en son reflet nocturne

une autre jeune femme seule et chargée de sacs

 

Dans le triangle découvert du voile noir qui la recouvre

ses yeux tristes suivent sans voir

les arbres qui défilent dans l’outre-monde du vitrage.

1 octobre, 2016 à 9:15 | Commentaires (0) | Permalien


Micromythologie – 9 – Démeter et Koré

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Matriochka au foulard d’aurore ourlé d’or

elle cherche une adresse et tend en souriant

un papier griffonné

 

Sa fille est une princesse russe

jaillie de sa longue robe fleurie

de pavots

.

Souple tige d’une tulipe noire

elle se balance sur des chaussures blanches

comme des cothurnes à semelles de liège

 

J’indique de la main l’arrêt qui correspond :

elles descendent à Acropolis

et disparaissent entre les vases

d’oliviers.

 

coquelicot balcon (1)

 

 

 

 

22 septembre, 2016 à 11:37 | Commentaires (0) | Permalien


Les Yeux clos

Ferme les yeux, puis presse l’index sur tes paupières pour créer l’indispensable brasillement de mimosa d’arrière-plan.

Patience : attends l’éclaboussure stellaire, l’éclatement de nova, au creux du noir des yeux rouverts sur l’espace intérieur.

Ensuite, imagine un anneau, un très grand anneau de fer ou d’acier – très grand – pas trop! – qui tourne en miroir de lui-même et s’enroule, et que tu parcours, les yeux clos, en marchant à tâtons.IMG_5982

Tu commences à l’intérieur du métal froid, que tu sens sous tes doigts – tu perçois même la saveur de fer sidéral tandis que tu marches sur le ruban. Tu avances, pas à pas, et te retrouves plongé dans l’éclaboussement parfumé du mimosa de ton enfance – tes doigts égrènent la pelucheuse constellation de l’acacia dealbata qui te caresse aussi les joues et prononce à tes lèvres les mots muets du souvenir…

Tu continues d’avancer le long du ruban qui tourne sur lui-même, et hop, le métal glacé de la vie retourne bruissant comme une vague, tu continues…

Te voici pris dans le mouvement perpétuel de l’anneau d’éternité qui se trouve, dans mon musée imaginaire, sous le nom de Chilida.

19 août, 2016 à 9:48 | Commentaires (0) | Permalien


Les Ajoncs

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la moto sur l’asphalte t’enroule

dans les vagues d’encens et d’or

des ajoncs

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29 avril, 2016 à 8:15 | Commentaires (0) | Permalien


Viole di Marzo

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Une tendre constellation flotte bras ouvert

sur le cristal de l’eau

toute piquetée des bulles

qui tremblent dans le verre d’où monte

le sucre du parfum couleur de terre

et d’améthyste

 

Leurs bouches acidulées de safran

parlent la langue du souvenir

oramai smorzate mammole di Parma

tra le pagine del libro richiuso

poi dimenticato

 

Déjà sur le talus

près des mousses ce matin

elles imprègnaient la cire de mon âme

de leur mélancolie douce et

violante

 

O comme un philtre magique

j’aimerais boire de cette eau

où trempent aussi deux tiges

de muscaris

Peut-être ouvrirait-elle la porte de la mémoire

 

J’imagine Eurydice couronnée de pensées

cheminant dessous les prés

s’abreuvant aux fleuves souterrains

où flottent comme ces étoiles les souvenirs des vivants.

 

3 mars, 2016 à 16:49 | Commentaires (0) | Permalien


Musée Imaginaire (1) – Chillida

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Ferme les yeux
Presse l’index sur tes paupières pour créer
l’indispensable
papillotement jaune du mimosa d’arrière-plan

J’ai dit indispensable,
Je suis en-dessous de la vérité -
de la nécessité!

Ensuite, imagine un anneau,
un très grand anneau
- très grand – pas trop! -
que tu parcours en marchant à tâtons :

Les yeux clos, tu commences à l’intérieur
du métal froid,
tu avances, et te retrouves
dans le mimosa parfumé de ton enfance –

Tu continues, et hop,
le métal glacé de la vie qui revient,
tu continues…

c’est le mouvement perpétuel de l’anneau d’éternité
qui se trouve dans mes rêves,
sous le nom de Chillida.

5 octobre, 2015 à 11:25 | Commentaires (0) | Permalien


haïku de juillet

La Revère (2)

 

Chaleur rousse qui bruit

vrombit

bourdonne-frissonne

Lavandes et genêts rythment la garrigue

9 juillet, 2015 à 7:30 | Commentaires (0) | Permalien


Haïku d’avril

FUMARIA  officinalis  fumariacées  eurasie (2)

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A peine levé le doigt bleu

de l’hiver

la vapeur de l’âcre fumeterre

a tout recouvert

d’une dentelle grise et rose

 

23 juin, 2015 à 18:16 | Commentaires (0) | Permalien


haïku de la rose

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Comme prix de sa victoire

la Mort gagne la rose

mais

la rosée scintille sur des lèvres fanées.

22 mai, 2015 à 9:06 | Commentaires (0) | Permalien


« Coquelicots » et « La Quête d’Eurydice » dans la revue Temporel d’Anne Mounic

Anne Mounic accueille deux poèmes dans le numéro 19 de la revue Temporel – je l’en remercie : à lire intégralement en suivant le lien

http://temporel.fr/Marilyne-Bertoncini-poemes

temporel d'anne mounic

28 avril, 2015 à 9:15 | Commentaires (2) | Permalien


Lilas

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Tel

insaisissable et subtil

le souvenir

 

Lilas

Lumineux noyau

de la nuit

 

(extrait de « La Nuit de Lilas »)

26 avril, 2015 à 21:52 | Commentaires (0) | Permalien


Cantilène en blanc mineur

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poème – vidéo à voir et écouter en suivant le lien :

https://www.youtube.com/watch?v=fsHl0OPV24c&feature=youtu.be

10 avril, 2015 à 10:36 | Commentaires (0) | Permalien


Le Loup du mur (extrait d’Enfances – en cours)

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Le Loup du mur

 

Est-ce la tête de loup de la cour qui me faisait craindre la visite du loup dans les motifs du papier peint? Il fallait scruter la forêt des fleurs avant de s’endormir, y déchiffrer sa présence, la conjurer… Une veilleuse à mon chevet était sensée me protéger. Une petite madone luisait bleue dans la nuit, si je l’avais suffisamment exposée à la lumière dans la journée – il ne fallait pas oublier.

Quand le loup rôdait, pas moyen de l’éviter – des signes précurseurs – un air à la radio, du vent à la fenêtre… Je savais alors que je ne pourrais pas ne pas le trouver dans mon rêve – il fallait bien que je me rappelle le mot magique pour le dissoudre, mais je savais aussi que ce mot m’aurait échappé au moment de le prononcer.

Je me réveillais essoufflée, désespérée, le mot encore m’avait manqué – jusqu’au dernier souffle, au dernier cri – Maman!

5 avril, 2015 à 10:05 | Commentaires (0) | Permalien


Les Antipodes (extrait d’Enfances – en cours)

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Les Antipodes

 

Te souviens-tu -

la cour de la maison et son étroite plate-bande aux grosses têtes roses et bleues – les rhododendrons. Velours sourd contre le mur de briques noires.

On habitait rue Blanche. Dans un angle de la cour, la tête de loup. Elle chassait les araignées – impossible de savoir si quelques unes encore s’y trouvaient. On frissonnait de doux effroi.

Sous la terre noire des rhododendrons, nous creusions, dans l’espoir d’atteindre les antipodes. En cachette. Chemin de fuite pour enfants rêveurs, enfermés entre quatre murs d’une courette où des toilettes aux portes vertes exhalaient une haleine d’enfer.

Qui le premier craignit, ainsi creusant, de croiser quelque mort errant sous la rue Blanche?

4 avril, 2015 à 8:54 | Commentaires (0) | Permalien


Haïku du vent et de la graine

Dans le vent du matin flotte

une graine de vie :

Sur le bout de la langue,

l’éclosion du mot.

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3 avril, 2015 à 10:06 | Commentaires (1) | Permalien


Haïku sur un livre de Pasolini

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Au jardin, je partage ma lecture

avec un escargot -  à moi la poésie,

à lui, la rose de Pasolini.

31 mars, 2015 à 11:32 | Commentaires (0) | Permalien


Haïku des pétales du vent

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Le soyeux baillon du vent

pétale contre la bouche

qui taît les mots que tu mâches

11 mars, 2015 à 13:16 | Commentaires (0) | Permalien


jacinthe et colombe

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A l’envol de la colombe

le bleu tumulte des jacinthes

rebondit dans la cuisine -

effluves de printemps.

8 mars, 2015 à 10:07 | Commentaires (0) | Permalien


printemps

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ma bouche dit ton nom

et l’air frêle le mêle

à l’haleine des fleurs

7 mars, 2015 à 11:02 | Commentaires (0) | Permalien


La Rose du Brouillard

 brouillard (1)

*

Elle a flétri la rose            Die Niemands Rose.

Premier jour de brouillard

                            premier jour de l’automne

et la brumeuse absence de lointaines collines.

*

(Les mots en italiques appartiennent à Paul Celan)

6 décembre, 2014 à 15:07 | Commentaires (0) | Permalien


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