le blog de MARILYNE BERTONCINI

Hespérides du Tram (Micromythologie – 13)

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Elles n’ont même pas vingt ans

Elles vivent dans le printemps même quand l’automne haute-couture

met des chasubles de damas aux arbres roux de l’avenue

 

et elles rient et se chahutent :

elles sont libres

Combien de temps?

 

Les mariages arrangés,

retour au bled pour des vacances -

Tu te rends compte, hop dans l’avion, et mariée !

et les costumes chamarrés – tu les mettrais toi?

 

Tout les fait rire

Combien de temps?

 

Elles parlent des garçons

et textotent du bout de doigts gracieux comme

le bouton des roses miniatures

à la vitrine du fleuriste

 

C’est bon d’écouter la jeunesse

me dit aussi une voisine

 

Plus loin, debout contre la vitre

sur laquelle elle flotte en son reflet nocturne

une autre jeune femme seule et chargée de sacs

 

Dans le triangle découvert du voile noir qui la recouvre

ses yeux tristes suivent sans voir

les arbres qui défilent dans l’outre-monde du vitrage.

1 octobre, 2016 à 9:15 | Commentaires (0) | Permalien


Diano Marina (Micromythologie -10 )

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.

Quel giorno

quando il treno si fermò

a Diano Marina

 

le swing de Paul Anka

croonant au creux de mes oreilles

Stay by me Diana

 

signe venu de si

loin

dans l’éclat de midi

 

I hope we’ll never part

 

terrifiante et soudaine certitude

d’avoir définitivement

rejoint

ta

même

solitude.

 

25 septembre, 2016 à 16:52 | Commentaires (0) | Permalien


L’OEIL

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Mon oeil se mire

à l’intérieur d’un autre Oeil

qui le contient et l’éclaire

 

Mon oeil regarde le monde

de l’intérieur d’un Oeil

qui le regarde et lui donne

sa forme d’oeil

.

Dans le globe de l’Oeil

le monde se reflète en ses courbes convexes

.

Le paysage se détache en pelures d’oignon

dont les écailles touchent comme ailes de papillon

notre oeil abouché dans la triple épaisseur de la vitre du train

 

Mon oeil de l’intérieur boit le monde concave

dans l’Oeil qui appartient à dedans et dehors

 

et des fantômes flottent sur la vitre embuée.

14 septembre, 2016 à 7:21 | Commentaires (0) | Permalien


Le Retour des Hirondelles

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Les hirondelles qui s’arrêtent à Nice, en automne, sont-elles les mêmes qui ont cisaillé le ciel de Parme tout l’été?

A vol d’oiseau, ce n’est pas si loin… Il ne leur faut certes pas tout le temps que j’ai mis cet été-là, pour rentrer par le train de vacanciers, avec arrêt à toutes les gares de la Riviera, bondé de gens de toute sorte – valises trop grandes, petits chiens à la mode, odeurs de sandwichs et de pizzas froides – les voix braillardes qui s’entremêlent, et la chaleur, à n’en plus finir…

Certains profitaient du voyage pour vendre une voiture d’occasion – échanger des numéros de téléphone ; des jeunes filles maintenaient le contact par portable obligatoire avec des amis voyageant en voiture. Il y avait aussi… Trop de gens, il y avait : beaucoup de jeunes debouts dans le couloir, mal assis sur leurs sacs empilés. Pourquoi n’avais-je pas pris la ligne directe?

La tempête des jours précédents avait embourbé les eaux et des traces de pluie , couleur de limon, maculaient le paysage, qui traversait les vitres en longues coulures d’un vert sale. De temps à autre, un plongeur faisait s’exclamer les passagers surpris, découvrant, en surplomb, les gerbes d’écume qu’il soulevait. Le train se vidait et se remplissait sans cesse : il semblait que le monde entier avait décidé de se déplacer, à sauts de puce, sur ce trajet ; tous enjambaient, comme une ombre silencieuse, un homme assis dans le couloir. J’avais oublié, ou n’avais pas remarqué, quand il avait embarqué : au premier arrêt après Milan?

Là sans y être, tache noire parmi l’essaim coloré et bruyant de vacanciers en short, de vieilles maquillées couvertes de bijoux dorés, de vitelloni devenus de vieux boeufs bronzés aux UV… Il se taisait, se déplaçait comme une algue, selon le flux des voyageurs, parfois visible, parfois lointain, toujours solitaire. Je le remarquai assez tard, parce qu’il m’évoquait un autre voyage entre Aix et Marseille : un homme s’était dressé soudain dans le couloir où tous le bousculaient pour entrer et sortir – et il avait crié – un long cri déchirant – puis il avait sorti sa carte de militaire, qu’il pointait du doigt en lançant des sanglots de mots rauques – ancien légionnaire, il criait son désespoir de chômeur et de marginal, cherchant dans les regards qui l’évitaient une réponse, un sens à son abandon.

Un peu avant San Remo, on put s’asseoir plus confortablement. Ce muet compagnon de route rejoignit notre compartiment, avec un seul petit sac, aussi fatigué que lui – de ces sacs qui ont fait nombre de voyages sans prestige. Il sourit, et se replia sur ses pensées – et nous sur les nôtres. Il avait l’air tellement las, tellement usé, que je m’interrogeais sur les raisons de son voyage. Alors que je remarquais, machinalement et à mi-voix, la présence de nombreux climatiseurs sur les toits verruqueux – il prit la parole : « Sur la Riviera, on récupère tous les espaces pour les louer aux touristes. Sous le toit – c’est la place des domestiques : ou tout en haut, ou tout en bas, il n’y a pas de juste milieu ». Puis il sourit, et nous salua : il était finalement arrivé. Après un voyage de vingt-quatre heures. Venu du sud de la Botte pour prendre un travail saisonnier. Ombre noire, il descendit, avec les derniers passagers, avant la frontière.

De Parme à Nice, les hirondelles survolent tant de toits et tant de climatiseurs… Qui se trouve en dessous n’existe pas pour elles. Et celui qui demeure sous ces toits n’a pas non plus le temps de les regarder passer.

12 juillet, 2015 à 10:05 | Commentaires (0) | Permalien


Esquisse d’un voyage en train – (extrait 2)

 ciel (4)

Tout le jour

la mer gardera le gris doux un peu froid d’une aile de goéland

aile immense

dont le battement sourd ne l’arrache jamais

à la terre

 

une petite chaîne de nuages gris-bleu à l’horizon d’où suinte

l’ocre-rose du matin

barrée d’un vol géométrique

 

puis les barres d’immeubles

et les grues avant la gare

engloutissent

le ciel.

 

*

 

2 mai, 2015 à 7:01 | Commentaires (0) | Permalien


« Coquelicots » et « La Quête d’Eurydice » dans la revue Temporel d’Anne Mounic

Anne Mounic accueille deux poèmes dans le numéro 19 de la revue Temporel – je l’en remercie : à lire intégralement en suivant le lien

http://temporel.fr/Marilyne-Bertoncini-poemes

temporel d'anne mounic

28 avril, 2015 à 9:15 | Commentaires (2) | Permalien


Esquisse d’un voyage en train (extrait)

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Le ciel sombre se couvre des plumules d’un jeune goéland

Comme son négatif inversé sur la pellicule atmosphérique

Une meute de petits nuages pommelés

entre terre et cendre

Hésite à refléter l’ourlet de l’aube au col de Villefranche

Happée par la lumière plate des quais

Qui découpe en lames de couteau les palmiers.

 

7 avril, 2015 à 12:17 | Commentaires (0) | Permalien


S’ensable la ville sans ombre

 

pluie de novembre à Nice (6)

la rue blafarde est un chat maigre

ondulant au rythme

des néons

 

des épaules dans l’ombre glauque d’une cabine

tressautent dans le silence qui les relie

au fil du téléphone

 

entre les lauriers-roses

un train bruisse

fracas de naufrage

et cliquetis de rames

 

25 janvier, 2015 à 9:09 | Commentaires (0) | Permalien


Paysage Intérieur

 

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Paysage

 

Le bleu s’échappe des forêts

les mains des arbres

te retiennent

 

Le train déchire dans la nuit

de grands lambeaux

de souvenirs.

(1979 – inédit)

7 novembre, 2014 à 8:50 | Commentaires (0) | Permalien


Esquisse d’un Voyage

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Jeudi

 

Des traits de suie délitent l’horizon derrière

Les vitres embuées de l’âcre haleine de cigarettes

Et l’usure des corps

Dans le ventre métallique du train

Halètent les ailes d’un journal déplié

 

Monaco

Le train dégorge

Vide sa panse

Dans l’orbite cafardeuse du tunnel suinte

L’aube aigre

 

Puis l’eau de pierre aigue-marine et azur vert -

Dans l’infini ressassement des métaphores, c’est la mer, simplement, qui le mieux se désigne  elle-même -

Se pare d’un pâle reflet d’or rose

Une touche de lavis crépusculaire à l’horizon

Sous l’ocre plumage des nuages.

 

Surgit en mémoire « la mer glauque » – glauco, ce bleu-vert opalin comme le  reflet du jour dans le cristal blanchi d’un oeil mort,

Comme le mouvant manteau de l’huître sur le fond nacré de la coquille

Du même blanc-bleuâtre que le marli d’écume qui cerne  les rochers.

 

 

 

*

14 mars, 2012 à 21:08 | Commentaires (0) | Permalien


coquelicots

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Voyages en train – Voix retrouvées

 

Comme une tapisserie, une doublure

Sous ma peau se déroule

tout un paysage vivant de prairies de rivières et d’étangs

Fines nervures des racines entre souvenir et présent

 

Est-ce lui qui défile le long des rails sur les talus entraperçus  dans l’aube du voyage?

Pavots

Pavone

Papaveri

Cadaveri

Fleur de l’oubli dans le matin  engourdi qui somnole

Non le pavot à feuilles de velours de l’Odyssée

Ni le pavot ponceau des jardins mais

Anémiés fragiles

Ni mauves ni fleurs sauvages

De pâles pavots couleur lilas

Zébrure double  sur la vitre du train

Cicatrice ancienne au rebord du talus

 

Exsangues

Désincarnés

drapeaux

claquant au vent marin

Finesse de paupière de leurs pétales clos en transparence sur

Mes souvenirs d’enfance

 

Pavot coquelicot dont la soie chiffonnée cloque comme une promesse dans la

Douceur vert tendre du bouton penché sur le bord du talus

Impalpable rêve de chair évanoui dès qu’on l’effleure

 

Ephémère

et banale

fleur sans calice

et
sans calcul

Fleur sans fard
au nom éclatant

Tourmentée par le vent comme un précaire calicot portant inscrits

Les mots pâlis de la mémoire

 

*

 

Sources et
réflexions  :

Odyssée IV-221 – pavot à feuilles velues

La banalité du
mot est-elle garante de son potentiel poétique ? coquelicot :
création populaire onomatopéïque – invention, donc poésie pure d’un mot SANS
racines savantes.

Homophonie :
calicot (tissu de Callicut – bande de tissu portant une inscription) – ceci
fait-il du mot cible le symbole d’une qualité inférieure ?

Ceci serait
relayé par la fleur sans calice : sépales caducs, mauvaise herbe – fleur
sans calcul, banale, familière…

Ponceau : du
paon – nom botanique du pavot – désigne en chimie un colorant rouge vif très
foncé ;

Poppies – autre
traduction au bruit charnel de baisers – lèvres humides : polpa,
pulpe : propos et paroles – puppies, poupées.

 

6 mars, 2012 à 23:16 | Commentaires (2) | Permalien