le blog de MARILYNE BERTONCINI

Rencontres avec l’Homme Invisible

1 A l'homme invisible marilyne BertonciniLa première fois que je me suis aperçue de son existence, c’était à cause de ses baskets. Elles étaient là, devant l’église – toutes seules. Enfin, accompagnées d’un petit écriteau signalant sa présence. Et vu la toute petite obole qui l’accompagnait, je pense que nous n’étions pas nombreux à avoir remarqué, dans la foule de l’après-midi, le minuscule autel aux chaussures solitaires.

J’ai d’abord souri, puis me suis interrogée, quand au hasard d’une promenade, je l’ai rencontré de nouveau. Enfin, ses baskets, plantées là, sur un seuil – accompagnées d’une canette vide. Des chaussures vides aussi – évidemment.A l'homme invisible Marilyne Bertoncini (2)

Et j’ai pensé à toutes les chaussures esseulées, abandonnées, inexplicablement dépareillées. Semelle veuves de l’empeigne, au détour d’un chemin… pantoufle couverte de mousse, au fond d’un parc abandonné… et même, sur un marché, parmi de vieux cuivres et des casques, la prothèse cuir et bois d’un mutilé de guerre.

Et j’ai pensé à toutes les traces de pas laissées par l’homme invisible : traces subtiles dans la poussière grise des villes, foulée légère du marcheur dans l’herbe humide du matin, empreinte du pêcheur dans la boue de la rive, ou marque lourde du manoeuvre dans la glaise du chantier…

L'homme invisible - Marilyne Bertoncini (2)Et j’ai pensé à tous les hommes invisibles, ces fantômes de nos vies présentes et passées, ces ombres claires qui nous frôlent sans qu’on les voie, nous touchant de l’ombre de leur main, à travers le mur qu’ils ont bâti, le pain qu’ils ont pétri, le vêtement que j’ai mis…

Qui nous frôlent sans voix, dans le silence obstiné de leurs pas déchaussés – sans papier, sans abri, dans le déni et la survie…

J’ai pensé à toute l’humanité invisible qui nous entoure – trimards, fuyards, réfugiés, déclassés, exploités : les chaussures de l’homme invisible sont les chaussures d’un homme pauvre.

Peut-être, alors, peut-être sont-elles là pour nous rappeler que ces fantômes qu’on ignore vibrent, aiment, souffrent leur vie, en creux, dans le monde où nous marchons sans savoir qu’on les côtoie, frères inapparents que manifestent ces reliques.

L'Homme invisible - marilyne Bertoncini

 

13 janvier, 2016 à 20:19 | Commentaires (0) | Permalien


Transition de l’Aube (3)

ciel (27) - Copie

Le matin s’avance masqué

dans l’ombre des nuages

Le palmier cache un rire de geisha

derrière la palme d’une main

 

Une pie qui jacasse

au-dessus du balcon

 secoue dans le silence

son grelot de bois sec

 

Le vol lourd des choucas

entraîne le platane

dont l’ombre s’évapore

sur la place déserte

 

Crépuscule inversé

la nuit s’évanouit.

1 août, 2015 à 19:51 | Commentaires (0) | Permalien


Haïku du Vide

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Tes pas entre les pointillés      Les vides

                    te comblent de sensations

petites bulles effervescentes de

                                     non-existence

dont tu avales le doux-amer

                                  en les nommant.

10 décembre, 2014 à 10:49 | Commentaires (0) | Permalien


la lumière

2014-10-22 11-52-09_0198

Ne fixe pas la lumière

sinon le monde entier se troue

de minuscules éclats d’ombre du soleil :

 

Qui

le rapiècera?

*

3 décembre, 2014 à 19:50 | Commentaires (0) | Permalien


Aigu Silence de Midi avec un burin chine collé de Dominique Crognier

 

 

Aigu silence de midi      burin chiné-collé de Dominique Crognier

 

Ton corps

coquille vide

repose sur la plage

stridente et vierge

 

Ton ombre a fui

 

Même l’abri de tes paupières

n’est plus qu’une éclatante absence.

20 novembre, 2014 à 19:19 | Commentaires (2) | Permalien


Paysages Intérieurs, à lire dans Le Capital des Mots, d’Eric Dubois

blausasc septembre (40)

Cliquer sur le lien :

 

http://www.le-capital-des-mots.fr/2014/11/le-capital-des-mots-marilyne-bertoncini-4.html

16 novembre, 2014 à 20:56 | Commentaires (0) | Permalien